mardi 16 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2305241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 septembre 2023, M. A C et la société à responsabilité limitée Vignobles A C, représentés par Me Chirez et Me Bouillot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2023 par laquelle préfet de l'Aude a modifié les déclarations d'existence relatives à deux prélèvements d'eau sur la masse d'eau Argent Double n° 1162010-00130 et n° 11-2010-00132, ou à titre subsidiaire, d'annuler les articles 1, 2 et 3 de cette décision ;
2°) à titre principal, à ce qu'il soit enjoint au préfet de les autoriser à prélever l'eau sur les deux points de prélèvements superficiels dans l'Argent-Double pour un volume maximal annuel de 3 600 m3 chacun, à l'appui d'un pompage de débit instantané de 30 m3 par heure hors période de restriction exceptionnelle, abaisser le volume autorisé sur le forage n° 11-2010-00131 à 5 000 m3, et ainsi autoriser un volume total d'autorisation de prélèvements de 12 200 m3 ; à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente d'un arrêté modificatif qui maintient les deux autorisations de prélèvements superficiels précités, ou à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de l'Aude de réexaminer sa décision dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Ils soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 214-4 du code de l'environnement ;
- elle est disproportionnée à l'objectif poursuivi, dès lors qu'elle prive le domaine de C de 20% de son irrigation, alors que le réseau de l'association syndicale autorisée Castelnau-La Redorte couvre seulement 80% de son domaine et que les prélèvements effectués sur l'Argent-Double ne constituent pas une menace majeure pour le milieu aquatique ; cette mesure menace la viabilité économique de l'exploitation viticole ;
- elle est incompatible avec les objectifs du PGER, dès lors que les prélèvements de l'Argent-Double abrogés ne sont pas entièrement compensés par le réseau de l'association syndicale autorisée Castelnau-la Redorte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté interpréfectoral n° 2010-11-1321 du préfet de la région Languedoc-Roussillon et du préfet de l'Aude des 20 juin et 10 août 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marcovici,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Maigre-Duplaix, représentant M. C et la société Vignobles A C, et de Mme B, représentant le préfet de l'Aude.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 juillet 2023 dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de l'Aude a abrogé les déclarations d'existence n° 11-2010-00130 et n° 11-2010-00132 de deux prélèvements par pompages superficiels sur la masse d'eau de l'Argent Double et modifié le prélèvement enregistré sous la déclaration d'existence n° 11-2010-00131, en autorisant M. C à prélever dans la nappe d'accompagnement de l'Argent Double un volume d'eau maximum de 12 200 m3 par an.
2. Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". Aux termes de l'article L. 214-4 du même code : " I. - L'autorisation d'installations, ouvrages, travaux et activités présentant un caractère temporaire et sans effet important et durable sur le milieu naturel peut être accordée sans enquête publique préalable réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du présent code, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / II. - L'autorisation peut être abrogée ou modifiée, sans indemnité de la part de l'Etat exerçant ses pouvoirs de police, dans les cas suivants : / 1° Dans l'intérêt de la salubrité publique, et notamment lorsque cette abrogation ou cette modification est nécessaire à l'alimentation en eau potable des populations ; / 2° Pour prévenir ou faire cesser les inondations ou en cas de menace pour la sécurité publique ; / 3° En cas de menace majeure pour le milieu aquatique, et notamment lorsque les milieux aquatiques sont soumis à des conditions hydrauliques critiques non compatibles avec leur préservation ; / 4° Lorsque les ouvrages ou installations sont abandonnés ou ne font plus l'objet d'un entretien régulier. () III. - Tout refus, abrogation ou modification d'autorisation doit être motivé auprès du demandeur. ". L'article R. 214-1 du même code prévoit : " La nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumis à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-6 figure au tableau annexé au présent article. () TITRE Ier / PRÉLÈVEMENTS () 1.3.1.0. A l'exception des prélèvements faisant l'objet d'une convention avec l'attributaire du débit affecté prévu par l'article L. 214-9, ouvrages, installations, travaux permettant un prélèvement total d'eau dans une zone où des mesures permanentes de répartition quantitative instituées, notamment au titre de l'article L. 211-2, ont prévu l'abaissement des seuils : / 1° Capacité supérieure ou égale à 8 m3/ h (A) ; ". Par un arrêté interpréfectoral n° 2010-11-1321 du préfet de la région Languedoc-Roussillon et du préfet de l'Aude des 20 juin et 10 août 2010, accessible au juge comme aux parties, l'autorité préfectorale a classé le bassin hydrographique de l'Aude médiane en zone de répartition des eaux. L'article 3 de cet arrêté préfectoral prévoit que : " dans le territoire des communes concerné par la Zone de Répartition des Eaux, les seuils d'autorisation et de déclaration pour les prélèvements dans les nappes d'eau souterraines et dans les eaux superficielles relevant de la nomenclature des opérations visées à l'article L. 214-1 du code de l'Environnement à l'exception des prélèvements inférieurs à 1000m3/an réputés domestiques, sont abaissés par le biais de l'application de la rubrique 1.3.1.0 de cette nomenclature. (). "
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les dispositions pertinentes, en particulier les articles L. 214-1 à L. 214-6 du code de l'environnement. L'arrêté précise que les prélèvements sont modifiés au regard de la mise en service du réseau BRL " Maillon-Minervois tranche ", pour lequel l'association syndicale autorisée Castelnau-La Redorte, qui couvre 80% du foncier exploité par M. C, dispose d'une desserte, et qu'ainsi M. C bénéficie d'une ressource en eau sécurisée. Par suite, le préfet de l'Aude a suffisamment motivé son arrêté au titre des dispositions du II de l'article L. 214-4 du code de l'environnement précité.
4. En deuxième lieu, il est constant que l'arrêté attaqué est fondé sur le 3° du II de l'article L. 214-4 du code de l'environnement, dès lors que le territoire de l'Aude subit régulièrement des périodes de sécheresse et que les milieux aquatiques de ce territoire sont soumis à des conditions hydrauliques critiques à raison du stress hydrique. Il résulte plus particulièrement du plan de gestion de la ressource en eau du 26 janvier 2017 que l'Argent Double est " le lieu d'importants prélèvements notamment agricoles ", ce qui conduit à " à des débits d'étiage très faibles, voire quelquefois quasi-nuls à proximité de sa confluence ". Ce plan de gestion de la ressource en eau précise ainsi que le bassin versant de ce cours d'eau est caractérisé par un déficit de 380 000 m3 d'eau par an et que seule une structuration des prélèvements et la fin des prélèvements individuels pourraient résorber. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en supprimant leurs autorisations individuelles de prélèvement dans le cours superficiel de l'Argent Double, le préfet aurait commis une erreur d'appréciation au regard du II de l'article L. 214-4 du code de l'environnement.
5. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que la suppression des prélèvements individuels dans les eaux superficielles de l'Argent Double est une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif poursuivi de résorption du déficit de la ressource en eau sur l'Argent Double. En outre, l'arrêté attaqué réserve le droit, pour les requérants, de prélever jusqu'à 12 200 m3 par an dans la nappe d'accompagnement de l'Argent Double afin d'irriguer le foncier qu'ils exploitent et qui n'est pas couvert par l'irrigation fournie par l'association syndicale autorisée Castelnau-La Redorte. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la modification de ces prélèvements entraînerait pour les requérants une modification telle de leur installation que le préfet aurait porté atteinte à la viabilité de leur activité économique. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait la liberté de commerce et de l'industrie.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code de l'environnement : " () III. - Chaque bassin ou groupement de bassins hydrographiques est doté d'un ou de plusieurs schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux fixant les objectifs visés au IV du présent article et les orientations permettant de satisfaire aux principes prévus aux articles L. 211-1 et L. 430-1. Le schéma prend en compte l'évaluation, par zone géographique, du potentiel hydroélectrique établi en application du I de l'article 6 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité. () ". Le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Rhône-Méditerranée prévoit, au titre de l'orientation fondamentale n° 7, la mise en place de projets de territoires pour la gestion de l'eau, conformément à l'instruction du gouvernement du 7 mai 2019. Il résulte de cette instruction, accessible au juge comme aux parties, que le projet de territoires de gestion de l'eau est un dispositif destiné à améliorer la concertation et le pilotage de la ressource en eau.
7. Le plan de gestion de la ressource en eau du bassin versant de l'Aude et de la Berre, comme le précise le chapitre 3 " aspects réglementaires ", est dépourvue de portée normative. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les objectifs de ce plan de gestion de la ressource en eau.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 12 juillet 2023. Leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C et de la société Vignobles A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, premier dénommé pour l'ensemble des requérants et au ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche.
Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Marcovici, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.
La rapporteure,Le président,
A. MarcoviciJ. Charvin
La greffière,
A-L. Edwige
La république mande et ordonne au ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 septembre 2025
La greffière,
A-L. Edwige
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026