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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305283

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305283

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 15 septembre et 6 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 13 juin 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en contrepartie de son désistement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- la décision portant refus de séjour méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet devait saisir la commission du titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

La requérante a obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, rapporteur ;

- et les observations de Me Badji Ouali, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 1er mars 1980 à Tighassaline (Maroc), est entrée en France le 7 mars 2013 sous couverte d'un visa Schengen et déclare se maintenir depuis lors sur le territoire national. Le 9 mai 2023 elle a sollicité un titre de séjour au regard de sa qualité de salarié ainsi qu'au titre de sa vie privée et familiale. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français vers le Maroc.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constitue le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'étant pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision. Par suite, le moyen titre du défaut de motivation doit être écarté.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis un défaut d'examen de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre la République française et le Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () ". Aux termes de l'article R. 5221-14 du même code : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 () l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 ". Selon l'article R. 5221-15 de ce code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ". Selon les dispositions de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

5. Il résulte de la combinaison des articles précités que la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié. La délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 de cet accord est subordonnée, en vertu de son article 9, à la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.

6. Pour refuser le titre de séjour à Mme B sur le fondement des stipulations et dispositions précitées le préfet de l'Hérault a retenu, notamment, que l'intéressée ne bénéficiait pas, à l'appui de sa demande, d'un visa long séjour. Si la requérante conteste ce motif, elle admet être entrée sur le territoire français sans détenir de visa long séjour, condition exigée par les stipulations et principes précités. Par conséquent, le préfet de l'Hérault a pu, à bon droit, lui opposer l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer un titre de séjour " salarié ".

7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Si Mme B soutient être présente sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté, les documents qu'elle produit, composés d'avis d'imposition et d'attestations de l'assurance maladie, ne permettent d'établir qu'une présence ponctuelle sur la période 2013 à 2023. De même, les quelques certificats médicaux produits pour l'année 2015, les attestations associatives produites pour les années 2015, 2016 et 2017, le contrat de travail produit pour la seule année 2022, et les bulletins de salaire produits pour les années 2022 et 2023 sont insuffisants pour établir une présence effective et continue pour l'ensemble de ces années. Mme B, célibataire, argue de la présence d'une partie de sa famille sur le territoire français et notamment celle de ses neveux et nièces mais n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence et l'intensité des liens entretenus avec ces derniers. Enfin, Mme B ne démontre pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis, et n'a ainsi pas méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exprimés au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

10. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1/Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

11. En se bornant à faire état d'un contrat de travail ainsi que d'une expérience professionnelle de près d'un an et demi en tant qu'aide à domicile et aide-ménagère et en produisant des témoignages attestant ses qualités humaines et de ses compétences, Mme B ne peut être regardée comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Et l'intéressée ne démontre pas dix ans de présence continue en France. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait méconnu l'article cité au point précédent doit donc être écarté.

12. La requérante ne remplissant pas les conditions prévues par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré à l'issue de l'audience du 20 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 décembre 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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