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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305289

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305289

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre et 18 octobre 2023, sous le n° 2305289, Mme A D, épouse C, représentée par Me Summerfield, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

- de suspendre l'exécution de la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé son assignation à résidence, pour une durée de six mois, en l'obligeant à se présenter tous les mercredis à 14 heures au service de la police aux frontières de Perpignan ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles 34 et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, à verser à son conseil, si le requérant bénéficie de l'aide juridictionnelle, et à défaut, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision en litige dès lors qu'il s'agit de la cinquième assignation à résidence de longue durée de six mois depuis le 14 octobre 2020 et que l'obligation, à nouveau durant six mois, de se déplacer tous les mercredis, avec ses deux enfants, au poste de police avec la crainte d'être éloignée du jour au lendemain, lui cause des troubles psychologiques qui ont des répercussions sur sa santé et sur celle de ses enfants ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité d'une telle décision de refus dès lors que

l'arrêté :

. est entaché d'une erreur de droit au regard du 2° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

. est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'assignation à résidence ne pouvant être renouvelée que tant que l'interdiction de circulation sur le territoire demeure exécutoire, ce qui n'est pas le cas lorsque la mesure d'éloignement n'a pas été mise en œuvre ;

- est entaché d'un détournement de procédure et de pouvoir en ce qu'ils font l'objet d'une assignation " de report d'éloignement " incompatible avec un éloignement qui pourrait intervenir à tout moment ;

- méconnaît l'intérêt supérieur des enfants, lesquels sont parfaitement intégrés en France, Ararat étant classé parmi les meilleurs joueurs d'échec du département et vingtième au championnat de France des collèges, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Mme A D, épouse C, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2023.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre et 18 octobre 2023, sous le n° 2305291, M. B C, représenté par Me Summerfield, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

- de suspendre l'exécution de la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé son assignation à résidence, pour une durée de six mois, en l'obligeant à se présenter tous les mercredis à 14 heures au service de la police aux frontières de Perpignan ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles 34 et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, à verser à son conseil, si le requérant bénéficie de l'aide juridictionnelle, et à défaut, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision en litige dès lors qu'il s'agit de la cinquième assignation à résidence de longue durée de six mois depuis le 14 octobre 2020 et que l'obligation, à nouveau durant six mois, de se déplacer tous les mercredis, avec ses deux enfants, au poste de police avec la crainte d'être éloigné du jour au lendemain, lui cause des troubles psychologiques qui ont des répercussions sur sa santé et sur celle de ses enfants ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité d'une telle décision de refus dès lors que

l'arrêté :

. est entaché d'une erreur de droit au regard du 2° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

. est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'assignation à résidence ne pouvant être renouvelée que tant que l'interdiction de circulation sur le territoire demeure exécutoire, ce qui n'est pas le cas lorsque la mesure d'éloignement n'a pas été mise en œuvre ;

- est entaché d'un détournement de procédure et de pouvoir en ce qu'ils font l'objet d'une assignation " de report d'éloignement " incompatible avec un éloignement qui pourrait intervenir à tout moment ;

- méconnaît l'intérêt supérieur des enfants, lesquels sont parfaitement intégrés en France, Ararat étant classé parmi les meilleurs joueurs d'échec du département et vingtième au championnat de France des collèges, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. B C, a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes aux fins d'annulation des décisions en litige.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président ;

- et les observations de Me Summerfield pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°2305289 et 2305291 présentées par M. et Mme C, qui sont mariés, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

2. Par des arrêtés du 20 juillet 2020, le préfet des Pyrénées-Orientales a obligé M. et Mme C, de nationalité russe, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour pour une durée d'une année. Par un arrêté du 9 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé leur assignation à résidence pour une durée de six mois.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il est constant que M. et Mme C, nés respectivement le 6 septembre et le 17 février 1984, définitivement déboutés de leur demande d'asile le 20 février 2018, ont fait l'objet, le 17 avril 2018, d'un arrêté par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en les assignant à résidence à Perpignan, arrêté renouvelé le 20 juillet 2020, lequel est devenu définitif. Par la décision en litige du 9 mai 2023, le préfet a renouvelé, pour une période de six mois et pour la cinquième fois, leur assignation à résidence accompagnée d'une obligation de se présenter, avec leurs deux enfants, auprès des services de police aux frontières, tous les mercredis à 14 heures. Il ressort des pièces du dossier que ces obligations de résidence et de de pointage hebdomadaire de la famille perturbent fortement la vie du couple et de leurs enfants, nés en 2010 et 2017. Dans ces circonstances, M. et Mme C justifient de l'urgence à prononcer la suspension sollicitée.

6. Aux termes de L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ". L'article R. 613-6 de ce code dispose : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2. ".

7. Il résulte de ces dispositions combinées que l'assignation à résidence, qui a pour objet de permettre la mise à exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut être fondée sur une interdiction de retour sur le territoire que lorsque celle-ci a commencé à courir, donc après l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et le retour irrégulier de l'intéressé pendant la durée de l'interdiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté. En outre, la mesure particulière pour toute la famille de se présenter auprès des services de police aux frontières tous les mercredis à 14 heures, mesure qu'ils subissent déjà depuis le 20 juillet 2020, implique le respect d'obligations disproportionnées, notamment pour les deux jeunes enfants, au regard du risque de soustraction à la mesure d'éloignement, est aussi de nature à créer un doute sur la légalité de cette mesure particulière prévue à l'arrêté en litige.

8. Il ressort de ce qui précède que l'exécution des arrêtes en litige, portant assignation à résidence de M. et Mme C, doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il résulte de ce qui précède que la suspension de l'exécution des deux assignations à résidence ainsi prononcée n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à Me Summerfield en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'exécution des arrêtés du 9 mai 2023 par lesquels le préfet des Pyrénées-Orientales a assigné à résidence M. et Mme C est suspendue.

Article 2 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A D, épouse C, à M. B C, à Me Summerfield et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Fait à Montpellier, le 18 octobre 2023.

Le juge des référés, La greffière,

E. Souteyrand M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 octobre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

N° 2305389

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