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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305375

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305375

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire " en maintien ", enregistrés les 20 septembre 2023 et 8 décembre 2023, Mme D A, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mai 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'enjoignant par voie de conséquence, à quitter le CAES de Montpellier ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la maintenir dans un hébergement pour demandeur d'asile le temps de sa demande et de lui délivrer les conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile, et à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner l'Etat à payer la somme de 1 500 euros à Me Mazas, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la directive accueil n°2023/33/UE ne s'applique pas aux ressortissants des Etats membres de l'Union Européenne et qu'elle n'aurait jamais dû être orientée vers une structure d'hébergement ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 3.1 de la directive 2013/33/UE et de l'article L. 551-8 et de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la vulnérabilité de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 18 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante roumaine née le 2 décembre 1977, est entrée sur le territoire français, en début d'année 2023 et a présenté sa demande d'asile à la préfecture de police de Paris le 8 février 2023. Elle a bénéficié des conditions matérielles d'accueil jusqu'à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui notifie par décision du 1er mars 2023 un refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle était ressortissante d'un pays de l'Union Européenne. Par une décision du 2 mai 2023, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire présenté par Mme A le 29 mars 2023, confirmant le refus des conditions matérielles d'accueil et lui accordant un délai de deux jours pour quitter le centre d'hébergement de Montpellier. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 3 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. La présente directive s'applique à tous les ressortissants de pays tiers et apatrides qui présentent une demande de protection internationale sur le territoire d'un État membre, y compris à la frontière, dans les eaux territoriales ou les zones de transit, tant qu'ils sont autorisés à demeurer sur le territoire en qualité de demandeurs, ainsi qu'aux membres de leur famille, s'ils sont couverts par cette demande de protection internationale conformément au droit national () ". Aux termes de l'article 4 de la même directive : " Les États membres peuvent adopter ou maintenir des dispositions plus favorables en matière de conditions d'accueil des demandeurs et des parents proches du demandeur qui se trouvent dans le même État membre, lorsqu'ils dépendent de lui, ou pour des raisons humanitaires, dans la mesure où ces dispositions sont compatibles avec la présente directive ". Aux termes de l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions d'accueil, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dont bénéficient les demandeurs d'asile sont fixées par les dispositions du présent titre ". Aux termes de l'article L. 550-3 du même code : " Conformément à l'article L. 240-1, les dispositions du présent titre sont applicables aux étrangers non citoyens de l'Union européenne dont la situation est régie par le livre II ". Enfin, l'article L. 240-1 du même code précise que les dispositions du titre V du livre V relatives aux conditions d'accueil des demandeurs d'asile ne sont pas applicables aux citoyens de l'Union européenne.

3. Il est constant que Mme A, de nationalité roumaine, est une ressortissante d'un Etat membre de l'Union européenne et n'entre ainsi pas dans le champ d'application de la directive du 26 juin 2013, à laquelle renvoie expressément l'article L. 550-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article L. 550-3 de ce même code, qui ne s'appliquent qu'aux ressortissants des pays tiers.

4. La circonstance que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait dans un premier temps accordé à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avant de prendre, après procédure contradictoire, la décision de refus des conditions matérielles d'accueil à laquelle la décision contestée s'est substituée ne saurait caractériser l'existence d'un vice de procédure, dont le fondement juridique n'est d'ailleurs pas précisé. Le moyen invoqué tiré du vice de procédure ne peut donc qu'être écarté.

5. La décision attaquée vise les dispositions de l'article 3-1 de la directive 2013/33/UE et indique qu'en tant que ressortissante de l'Union européenne, Mme A ne peut bénéficier des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'elles sont réservées aux ressortissants des pays tiers. La décision, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est dès lors suffisamment motivée.

6. Dès lors qu'ainsi qu'il l'a été dit au point 3, Mme A n'entre pas dans le champ d'application de la directive du 26 juin 2013, et même si l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a dans un premier temps orientée vers deux dispositifs d'accueil successifs, elle ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 551-9 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En se bornant à soutenir qu'elle n'aurait pas dû bénéficier des conditions matérielles d'accueil, qu'elle a été privée de bénéficier des soutiens de ses connaissances à Paris et qu'elle se retrouve seule et isolée à Montpellier, Mme A n'apporte pas d'éléments de nature à établir qu'en prenant la décision contestée, l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 2 mai 2023, de rejet par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de son recours préalable contre la décision du 1er mars 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mazas.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 6 février 2025

La greffière,

M. C

N°2305375

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