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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305455

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305455

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui accorder un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 jours par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et selon les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve de la renonciation de ce dernier à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de fondement juridique ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Badji Ouali représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né en 1984, entré en France, une première fois, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour le 23 juillet 2010, est resté au-delà de la durée de validité de ce visa. Il y est entré à nouveau le 26 juin 2011 sous couvert d'un nouveau visa de court séjour et est resté au-delà de la durée de validité de ce second visa. Par un arrêté du 19 juin 2017, le préfet du Nord a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. Le 26 décembre 2022, il présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de titre de séjour comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et détaille la situation de M. A. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté. En outre, cette motivation ne révèle pas un défaut d'examen particulier de sa situation.

4. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans (). "

5. Si Le requérant soutient résider sur le territoire depuis le 23 juillet 2010, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est entré, à nouveau, sur le territoire français le 26 juin 2011 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 30 mars au 25 septembre 2011. Par ailleurs, pour les années antérieures de 2013 à 2017, M. A, ainsi que le fait valoir à juste titre le préfet de l'Hérault, n'a produit aucun document permettant de justifier de sa présence habituelle et continue sur le territoire français. En outre, pour l'année 2019, il ne verse au dossier que quelques courriers émanant de son agence bancaire et une attestation d'hébergement rédigée le 28 juin 2019. Dans ces conditions, M. A, qui ne saurait utilement invoquer la circonstance qu'il aurait eu une existence instable avant 2017, ne justifie pas résider habituellement et de manière continue en France depuis au moins dix ans à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le préfet de l'Hérault a pu, sans méconnaître les dispositions du 1° de l'article 6 précité de l'accord franco-algérien, refuser de délivrer un titre de séjour à M. A en lui opposant l'insuffisante durée de sa résidence sur le territoire.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. A se prévaut de sa durée de séjour et de son intégration professionnelle. Pour autant, à supposer même sa résidence continue établie depuis l'année 2018, il ne démontre pas une insertion socio-professionnelle notable, en versant au dossier les bulletins de paie dans un emploi de commis de cuisine pour les mois de janvier à septembre 2019, puis seulement pour des courtes périodes, les mois de novembre et décembre 2019, le mois de janvier 2021, les mois de juin, juillet, août et octobre 2022, ainsi qu'un contrat à durée indéterminée conclu le 1er septembre 2022. Enfin, il est célibataire et ne démontre pas ne plus avoir d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels le refus de séjour a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien citées au point précédent doit être écarté.

8. En dernier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une telle mesure de régularisation.

9. Si le requérant doit être regardé comme invoquant le bénéfice d'une régularisation, la circonstance alléguée qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 13 octobre 2022 et travaille irrégulièrement depuis cette date ne peuvent regardés comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant une telle régularisation. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de procéder à sa régularisation, le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour au soutien de ses conclusions présentées contre l'obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". La décision obligeant M. A à quitter le territoire français, qui mentionne expressément qu'elle a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de séjour, laquelle est parfaitement motivée en droit et en fait. Le moyen tiré de l'obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté. Au regard de ces éléments, il en va de même du moyen selon lequel le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision d'éloignement.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées à titre principal et subsidiaire, doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré à l'issue de l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La rapporteure,

D. Teuly-DesportesLa présidente,

S. EncontreLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 décembre 2023.

La greffière,

C. Arcedl

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