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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305460

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305460

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable et n'est notamment pas tardive ;

Sur la décision de refus de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour malgré son intégration sur le territoire français ;

Sur la décision d'éloignement :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise au regard des critères posés par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant car cet article ne régit pas le séjour des ressortissants algériens ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Badji Ouali, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 21 juin 2023, le préfet a de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B, ressortissant algérien né en 2002, un titre de séjour et lui a enjoint de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, le préfet a visé les considérations de droit et précisé les circonstances de faits qui ont fondé sa décision refusant la délivrance à M. B d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. S'agissant de la situation personnelle du requérant, il a notamment relevé sa date alléguée d'entrée en France, le 3 mai 2018, en précisant que celle-ci n'était toutefois pas établie et il a souligné que le requérant était actuellement célibataire, sans charge de famille et qu'il ne démontrait pas être isolé dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée ou entachée d'un défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'État ".

4. L'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que ce code régit l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel ne trouve pas à s'appliquer aux ressortissants algériens.

5. Néanmoins, le préfet peut toujours délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en appréciant, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Si le requérant soutient être entré sur le territoire français le 3 mai 2018, la production de témoignages peu circonstanciés de personnes déclarant le connaître depuis plusieurs années et l'attestation d'hébergement de son oncle, datée du 13 juillet 2023, ne suffisent pas à établir une résidence continue sur le territoire français depuis la date alléguée. Par ailleurs, les seuls témoignages versés au débat, soulignant son investissement sportif ou des services rendus, ne suffisent pas à établir l'intégration sociale de M. B alors que le préfet relève, par ailleurs, qu'il n'établit pas suivre un cursus scolaire ou disposer de perspectives professionnelles. Enfin, si le requérant se prévaut de la présence régulière en France de son oncle, il n'établit pas, ni même n'allègue, être isolé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, alors que le requérant est célibataire et sans charge de famille, c'est sans méconnaître les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la décision d'éloignement :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut se prévaloir de l'irrégularité de la décision de refus de séjour pour faire valoir, par voie de conséquence, l'irrégularité de la décision d'éloignement.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement, le moyen tiré du défaut de motivation ou d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté eu égard aux éléments relatifs à sa situation personnelle qui sont développés par le préfet de l'Hérault.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6 du présent jugement, c'est sans méconnaitre les stipulations précitées ou commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu obliger M. B à quitter le territoire français.

12. Les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent donc être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a enjoint de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 décembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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