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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305485

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305485

vendredi 30 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantOTTAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté les deux requêtes de Mme C, infirmière de santé au travail. La première requête visait l'annulation du refus du ministre chargé des transports de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 27 octobre 2022, survenu suite à la lecture d’un courrier professionnel. Le tribunal a jugé que cet événement ne constituait pas un accident de service au sens de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique, faute de caractériser un événement soudain et violent imputable au service. La seconde requête, contestant la limitation à un an renouvelable de son aménagement de poste en télétravail, a également été rejetée, le tribunal estimant que cette durée n'était pas contraire à l'obligation de sécurité de l'employeur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 janvier 2023 et 2 juillet 2024, sous le numéro 2300160, Mme B C, représentée par Me Ottan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le ministre chargé des transports a refusé l'imputabilité au service de son accident survenu le 27 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et la cohésion des territoires chargé des transports de reconnaitre, dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 27 octobre 2022, ainsi que des arrêts de travail en résultant avec versement d'un plein traitement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a présenté, dans les suites immédiates de la lecture sur son lieu de travail du courrier du 26 octobre 2022, un choc émotionnel brutal qui est un accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par Mme C n'est pas fondé.

II°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 septembre 2023 et 3 octobre 2024, sous le numéro 2305485, Mme B C, représentée par Me Ottan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'écologie et du développement durable a aménagé son emploi avec l'octroi de 8 jours de télétravail flottants par mois en tant qu'elle n'emporte autorisation de télétravail que pour une durée d'un an renouvelable ;

2°) d'enjoindre au ministre de prendre, dans un délai maximum d'un mois à compter du jugement à intervenir, une nouvelle décision l'autorisant à exercer ses activités en télétravail à son adresse à hauteur de 8 jours flottants par mois pour une durée indéterminée à laquelle il pourra être mis fin uniquement à son initiative ou en cas de nouvelle proposition par le médecin du travail d'aménagement de son poste de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la limitation dans le temps à l'aménagement de son poste via du télétravail contrevient à l'obligation de sécurité qui pèse sur l'employeur ;

- cette limite est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'écologie et du développement durable conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- les observations de Me Ottan, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, infirmière de santé au travail, est affectée à l'aéroport de Mauguio-Fréjorgues au pôle médical du secrétariat interrégional de la direction générale de l'aviation civile. Dans un premier temps, la poursuite du télétravail, qui lui avait été accordé notamment pendant la crise sanitaire, a été refusée par décision 22 mars 2022. Ses représentants syndicaux ont formé un recours hiérarchique contre cette décision qui a été rejeté par courrier du 26 octobre 2022. La lecture de ce courrier a déclenché chez Mme C selon elle un choc émotionnel important qu'elle a déclaré en accident de service. Par une première requête, elle demande l'annulation du refus opposé à sa demande de reconnaissance de son accident de service. La direction interrégionale a, par la décision attaquée dans la deuxième instance, autorisé le recours au télétravail de Mme C dans le cadre de son aménagement de poste à son état de santé et ce pour une durée d'une année renouvelable. Mme C demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle limite à une année cet aménagement.

2. Les requêtes susvisées présentées par Mme C concernent la situation d'un même agent public et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision du 22 novembre 2022 refusant de reconnaitre son accident de service :

3. Aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

4. Pour l'application de ces dispositions, constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

5. Mme C a déclaré avoir été victime d'un accident de service le 27 octobre 2022 à 8h30 sur son lieu de travail en lisant un courrier daté du 26 octobre 2022 de la direction répondant au syndicat précisant que " dans l'hypothèse où l'intéressée refuserait de s'inscrire dans une démarche volontaire d'accompagnement, je n'aurai pas d'autre choix que d'engager à la seule initiative de l'administration une procédure de reclassement ". Toutefois, les termes mêmes de ce courrier qui ne sont ni outranciers ni brutaux s'inscrivent dans le cadre du pouvoir hiérarchique normal, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou même à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires. Dans ces conditions, et alors même que la lecture de ce courrier lui a occasionné tremblements et pleurs, sur son lieu de travail, que des témoins ont assisté à ce choc émotionnel ressenti et qu'elle a consulté le jour même un médecin qui a fait le lien entre son état et son environnement professionnel, la lecture du courrier, dont les termes s'inscrivent dans une relation normale de travail, ne peut être regardé comme un accident au sens et pour l'application des dispositions précitées.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2022 refusant la reconnaissance de cet évènement en accident de service.

S'agissant de la décision non datée aménageaznt son poste de travail par l'octroi de 8 jours de télétravail flottant mensuels pour une durée d'une année à compter du 18 septembre 2023 :

7. D'une part, aux termes de l'article 24 du décret 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " Le médecin du travail exerce une surveillance médicale particulière à l'égard : - des personnes en situation de handicap ; (..) - et des agents souffrant de pathologies particulières déterminées par le médecin du travail ; Le médecin du travail définit la fréquence et la nature du suivi que comporte cette surveillance médicale, dont la périodicité ne peut être supérieure à quatre ans. Une visite intermédiaire est effectuée par un des professionnels de santé mentionnés à l'article 24-1. Ces visites présentent un caractère obligatoire. " et de l'article 26 du même décret : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / () Lorsque ces propositions ne sont pas agréées par l'administration, celle-ci doit motiver par écrit son refus et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail doit en être tenu informé. ".

8. Il incombe à l'autorité administrative, qui a l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de ses agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, notamment par la prise en compte, dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 26 du décret du 28 mai 1982, des propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, émises par les médecins du service de médecine préventive. Si l'administration n'agrée pas ces propositions, elle doit motiver son refus et tenir informé le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail compétent.

9. Il ressort des pièces du dossier que le médecin du travail, qui a préconisé le recours au télétravail pour Mme C dans le cadre de l'adaptation de son emploi à son handicap le 10 juillet 2023, a fixé la prochaine visite au 10 mai 2025. Toutefois par la décision en litige l'administration a borné l'aménagement préconisé jusqu' au 18 septembre 2024 par la formulation " un an renouvelable ".

10. D'une part, la circonstance que l'administration ait fixé un terme à l'aménagement de poste sous l'appellation " un an renouvelable " ne saurait entacher d'illégalité la décision en litige dès lors qu'une telle formulation sous-entend que si le médecin préconise encore un tel aménagement il sera reconduit. D'autre part, la circonstance que l'administration ait fixé le terme au 18 septembre 2024, alors que le médecin du travail avait fixé un rendez-vous de suivi en mai 2025 ne saurait révéler une quelconque erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'administration devra nécessairement, avant ce terme, s'enquérir des préconisations du médecin du travail. Dans ces conditions, en fixant la durée du recours au télétravail à un an renouvelable, le ministre n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt à agir de Mme C, que celle-ci n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision non datée en tant qu'elle limite l'aménagement de son poste au travail à une durée d'un an renouvelable.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par Mme C tendant à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à lui verser une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2025.

La rapporteure,

I. ALe président,

V. Rabaté

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 mai 2025.

La greffière,

B. Flaesch

N°2300160 et N°2305485

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