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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306200

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306200

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B A, qui contestait le refus implicite du préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale". Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite, faute pour le requérant d'avoir demandé la communication des motifs conformément à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a également jugé que M. A n'apportait pas de preuves suffisantes de la réalité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France pour justifier une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. B A, représenté par

Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Cacciapaglia au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions des articles

L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 31 décembre 2023 au préfet des Pyrénées-Orientales, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

7 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;

- et les observations de Me Cacciapaglia, représentant M. A.

1. M. A, ressortissant marocain né le 18 février 1996, entré sur le territoire national en 2017 muni d'un visa touristique a demandé par courrier du 9 janvier 2023 adressé au préfet des Pyrénées-Orientales le bénéfice d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté implicitement sa demande.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Si M. A invoque le défaut de motivation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, il n'établit, ni même n'allègue, avoir demandé communication des motifs de la décision implicite refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, pour les mêmes motifs, M. A ne saurait utilement invoquer le défaut d'examen réel et sérieux de sa demande.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier, qu'arrivé en France en 2017 avec un visa touristique, M. A n'a sollicité la régularisation de sa situation qu'en décembre 2023 et s'est ainsi maintenu irrégulièrement sur le territoire national depuis l'expiration de son visa. Il est célibataire, sans charge de famille et a passé la majeure partie de sa vie au Maroc où il a fait toutes ses études et où vit encore son père avec lequel il n'établit pas ne plus avoir de liens. Dans ces circonstances, le fait qu'il réside depuis son arrivée sur le territoire national chez sa mère, titulaire d'une carte de résident, et fasse valoir une bonne intégration pour parler la langue française, être bénévole au sein d'une boutique et disposer de trois promesses d'embauche, est insuffisant pour établir qu'en rejetant sa demande, le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention précitée, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Compte tenu de ce qui est indiqué au point 6, le fait que M. A soit de bonne moralité et soit très attaché à la France ne constitue pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à considérer qu'en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'endroit du requérant, le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour faite par M. A doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Bayada, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.P. Gayrard

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 février 2025

Le greffier,

S. Sangaré

N°2306200

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