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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306520

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306520

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par deux requêtes, enregistrées sous le n° 2306406 et n° 2306520, respectivement les 8 et 10 novembre 2023, l'association Sea Shepherd France représentée par Me Crecent, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Aude et le préfet des Pyrénées-Orientales ont autorisé, du 2 octobre au 20 décembre 2020, deux barrages sur l'étang Salses - Leucate ;

2°) d'enjoindre à l'administration de retirer ces deux barrages sous 48 heures ;

3°) de condamner l'Etat à lui payer une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que l'étang de Salses - Leucate, situé à moitié sur le département de l'Aude et sur celui des Pyrénées Orientales, qui s'étend sur plus de 7 600 hectares au bord de la Méditerranée, bénéficie d'une protection au titre de la directive Habitat Faune Flore de 1992 et de la convention Ramsar3 pour sa richesse environnementale reconnue internationalement, dont la lagune communique avec la mer grâce à trois graus dont deux artificiels et abrite de nombreuses espèces comme la daurade, le loup ou encore le rouget, certaines faisant l'objet d'activité de pêche, notamment par des pêcheurs professionnels, alors qu'elle sont parfois migratrices vers la mer à partir du mois d'octobre ; de sorte que les deux barrages en cause, qui en pratique sont des grilles à très petites mailles, placés en vue d'empêcher cette migration à la demande des pêcheurs professionnels afin qu'ils puissent capturer les poissons, en vue de leur vente lors des fêtes de fin d'année au moyen de la pose d'environ 110 km de filets, tout en permettant un braconnage massif, impactent ainsi, de manière irréversible, l'ensemble d'un écosystème fragile ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée révélée par la pose des deux barrages qui :

. a été autorisée alors que l'administration ne démontre pas que l'activité n'est pas susceptible d'affecter les objectifs de conservation des sites Natura 2000, sans qu'une évaluation des incidences n'ait été réalisée afin de démontrer que l'installation des barrages n'affectent pas de manière significative la conservation du site Natura 2000, en méconnaissance des articles L. 414-4 §IX et L. 122-11 du code de l'environnement ;

. est illégale puisque le pose le fait de barrer l'ensemble des canaux est interdite tant en ce qui concerne les canaux situés sur le domaine maritime qu'en ce qui concerne les eaux fluviales selon l'article R. 436-28 code environnement.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes de l'article L 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1 ".Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En se prévalant, au soutien de ses conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Aude et le préfet des Pyrénées-Orientales ont autorisé, du 2 octobre au 20 décembre 2020, deux barrages sur l'étang Salses - Leucate, lequel, en raison de sa fragilité environnementale bénéficie d'une protection juridiquement renforcée, des graves conséquences des prélèvements qui vont résulter de cette installation sur la ressource halieutique de l'étang, qui inclut des espèces susceptibles d'entamer, dès le mois d'octobre, leur migration vers la mer, l'association requérante n'établit pas, notamment eu égard au caractère temporaire de cette installation, que la condition d'urgence est remplie. Par suite, les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de l'association Sea Shepherd France sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée l'association Sea Shepherd France.

Copie sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales et au préfet de l'Aude.

Fait à Montpellier, le 29 novembre 2023.

Le juge des référés,

E. SouteyrandLa République mande au ministre de l'écologie et du développement durable en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 novembre 2023.

La greffière,

A. Farell

2306406

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