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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306954

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306954

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAVALLONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre 2023 et 18 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Avallone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 du maire d'Arboras, portant refus de permis d'aménager, n° PA 034 011 22 00001, pour la division de la parcelle cadastrée section AB n°182 en trois lots à bâtir, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux du 8 octobre 2023, confirmé par décision expresse du 13 octobre 2023 ;

2°) d'enjoindre à la commune, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer le certificat de permis d'aménager tacite dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Arboras la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est fondé à se prévaloir d'un permis d'aménager tacite obtenu le 2 mai 2023, son dossier étant complet depuis le 2 janvier 2023 et l'architecte des bâtiments de France devant être regardé comme ayant émis un avis favorable tacite ; c'est au terme d'une erreur de fait, quant à la date de dépôt des pièces complémentaires produites à la demande du service instructeur, puis d'une erreur de droit dans l'application des dispositions des articles R. 424-3 et R. 423-67 du code de l'urbanisme, que le rejet de son recours gracieux est fondé sur l'absence de naissance d'un permis d'aménager tacite ;

- la décision de refus du 30 juin 2023 doit donc s'analyser comme un retrait du permis tacite ainsi obtenu ;

- ce retrait est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de la procédure contradictoire préalable prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est excipé de l'illégalité de l'avis défavorable de la préfète, émis au titre de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, qui est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur la situation de compétence liée du maire pour retirer le permis d'aménager tacite, dès lors que les prescriptions motivées assortissant l'avis favorable émis par l'architecte des bâtiments de France s'imposaient à lui (voir L. 632-2 du code du patrimoine et CE 25 juin 2024 req 474026 B Mme C).

Des observations en réponse à cette communication, enregistrées le 10 octobre 2024, ont été présentées pour M. A et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Avallone, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé le 7 décembre 2022 un dossier de demande de permis d'aménager un lotissement de trois terrains à bâtir, dont l'un destiné à sa résidence principale, sur la parcelle cadastrée section AB n°182 de 1 826 m2 située sur le territoire de la commune d'Arboras. Par un arrêté du 30 juin 2023, le maire d'Arboras, agissant au nom de l'Etat, a refusé de délivrer le permis d'aménager sur le fondement de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et au motif de la situation du terrain hors des parties actuellement urbanisées de la commune. Par courrier du 7 août 2023, M. A a adressé au maire d'Arboras un recours gracieux, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, puis par courrier du maire du 13 octobre 2023 d'une décision expresse de rejet. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté de refus de permis d'aménager du 30 juin 2023, ensemble la décision du 13 octobre 2023 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'un permis d'aménager tacite :

2. Aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite. () ". Aux termes de l'article R. 424-3 du même code : " Par exception au b de l'article R. 424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R. 423-59 et R. 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions. () ".

3. Aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". L'article R. 423-22 du même code dispose que : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ". Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; () ". Aux termes de l'article R. 423-42 du même code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; b) Les motifs de la modification de délai ; c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis. "

4. Aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. ". Aux termes de l'article R. 423-40 du même code : " Si dans le délai d'un mois mentionné à l'article R. 423-38, une nouvelle demande apparaît nécessaire, elle se substitue à la première et dresse de façon exhaustive la liste des pièces manquantes et fait courir le délai mentionné au a de l'article R. 423-39. ". L'article R. 423-41 du même code prévoit : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R 423-23 à R 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R 423-42 à R 423-49. ".

5. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article R. 423-59 du code de l'urbanisme : " Sous réserve ()des exceptions prévues aux articles R. 423-60 à R. 423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable. ". Aux termes de l'article R. 423-67 du même code : " Par exception aux dispositions de l'article R. 423-59, le délai à l'issue duquel l'architecte des Bâtiments de France est réputé avoir donné son accord ou, dans les cas mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, émis son avis favorable est de deux mois lorsque le projet soumis à permis est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du dépôt, le 7 décembre 2022, du dossier de demande de permis d'aménager en litige, le pétitionnaire a été régulièrement informé, par courrier du 13 décembre 2022 en application de l'article R. 423-42 du code de l'urbanisme, de la majoration d'un mois du délai d'instruction initial de 3 mois, pour consultation de l'architecte des bâtiments de France conformément à l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme. Par ce même courrier, des pièces complémentaires ont été régulièrement demandées à M. A, qui les a déposées le 2 janvier 2023. Si, par courrier du 15 février 2023 le service instructeur a demandé au pétitionnaire la production de pièces supplémentaires, à la demande des services de l'architecte des bâtiments de France, cette seconde demande, notifiée plus d'un mois après le dépôt du dossier, n'a pas eu pour effet, conformément à l'article R. 423-41 du code de l'urbanisme, de modifier le délai d'instruction. Il en résulte que le dossier de demande est réputé complet à la date du 2 janvier 2023 et que le délai d'instruction de la demande en litige expirait le 2 mai 2023.

7. En application de l'article R. 423-67 du code de l'urbanisme et contrairement à ce que soutient le préfet, le délai de deux mois à l'expiration duquel l'architecte des bâtiments de France est réputé avoir donné son avis favorable en application de l'article R. 423-67 a donc couru dès la transmission par le service instructeur du dossier réputé complet au 2 janvier 2023, soit au plus tard à la date du 3 février 2023 à laquelle ses services ont sollicité des compléments et un avis réputé favorable est né en tout état de cause avant le 2 mai 2023. Si l'architecte des bâtiments de France a émis, le 6 juin 2023, un avis favorable avec prescriptions, il résulte des dispositions des articles R. 424-1 et R. 424-3 du code de l'urbanisme que, à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction de quatre mois et dès lors que l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'a pas été notifié dans le délai mentionné à l'article R. 423 - 67 du code de l'urbanisme, le pétitionnaire est fondé à se prévaloir de l'obtention d'un permis d'aménager tacite le 2 mai 2023 et à soutenir que la décision de refus du 30 juin 2023 doit être regardée comme une décision de retrait du permis tacite ainsi obtenu.

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :

8. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " () le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (..) ". Il résulte de ces dispositions que la décision qui, comme dans le cas d'espèce, procède au retrait d'un permis d'aménager, doit être motivée et par suite, doit être précédée de la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 constitue une garantie pour le titulaire du permis d'aménager dont le retrait est envisagé. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

9. Il est constant qu'avant de procéder au retrait du permis d'aménager tacite, le maire d'Arboras n'a pas mis le pétitionnaire à même de présenter des observations. Il en résulte, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, que le requérant a été effectivement privé de la garantie que constitue le respect de cette procédure contradictoire. Le moyen tiré du vice de procédure contradictoire doit donc être accueilli.

10. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". En l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 30 juin 2023 du maire d'Arboras ainsi que la décision du 13 octobre 2023 de rejet du recours gracieux de M. A doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". D'autre part, aux termes l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite () l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. () ".

13. Eu égard au motif retenu ci-dessus pour annuler l'arrêté et la décision en litige, le présent jugement, qui a pour effet de rétablir le permis d'aménager tacite né sur la demande de M. A, implique nécessairement que le maire d'Arboras lui délivre un certificat de permis d'aménager tacite en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Arboras de procéder à la délivrance d'un tel certificat dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Les décisions contestées ayant été prises par le maire d'Arboras agissant au nom de l'Etat, les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire d'Arboras du 30 juin 2023, ainsi que sa décision du 13 octobre 2023 rejetant le recours gracieux de M. A, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Arboras de délivrer à M. A un certificat de permis d'aménager tacite dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et au maire d'Arboras.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 novembre 2024.

La greffière,

M. B

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