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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306985

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306985

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306985
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023, M. A B, représenté par Me Misslin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de regroupement familial déposée en faveur de son épouse ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, d'émettre un avis favorable en faveur de sa demande de regroupement familial sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement si besoin sous astreinte et, à titre subsisiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement si besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que son épouse, de nationalité érythréenne, bénéficie du statut de réfugiée politique en Ethiopie mais ne pourra pas bénéficier du renouvellement de celui-ci, lequel expire le 4 septembre 2024 et qu'elle n'est en outre pas en sécurité en Ethiopie ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : la décision du 7 novembre 2023 a été prise par une autorité incompétente ; elle est insuffisamment motivée en fait ; il n'a pas fait l'objet d'un examen complet de sa situation par le préfet ; elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le montant de ses ressources est supérieur au seuil requis ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de sa situation familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant érythréen né en 2000, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de regroupement familial déposée en faveur de son épouse.

2. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridique.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence, M. B fait valoir les craintes pour la sécurité de son épouse, dont le mariage a été célébré le 27 janvier 2022 en Ethiopie, laquelle bénéficie du statut de réfugiée politique en Ethiopie et dont le renouvellement ne sera pas accordé le 4 septembre 2024, et laquelle serait en outre menacée dans ce pays, compte tenu des menaces pesant sur les femmes seules. Toutefois, les circonstances ainsi alléguées par M. B, lequel ne justifie ni de la réalité des menaces pesant actuellement sur son épouse en Ethiopie, ni de ce que la carte de réfugiée politique dont elle est détentrice, laquelle expire le 4 septembre 2024, ne pourrait pas bénéficier d'un renouvellement, ne constituent dès lors pas des circonstances particulières permettant de caractériser la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Dès lors, en l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que la situation du requérant et de son épouse revêtirait ainsi le caractère d'une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'il conteste soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par ces dernières dispositions ne peut être regardée comme étant remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie pour information en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 8 décembre 2023.

Le juge des référés,

J. Charvin

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 décembre 2023.

La greffière,

A. Lacaze

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