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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400202

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400202

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Marfaing-Didier, demande au tribunal :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le directeur de l'agence régionale de santé (ARS) Occitanie a refusé de lui délivrer l'autorisation d'usage professionnel du titre d'ostéopathe ;

2°) d'ordonner, sous astreinte de 150 euros par jour de retard au-delà d'un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, à l'ARS Occitanie de procéder à un nouvel examen de sa demande sur la base des dispositions du décret n°2007-435 du 25 mars 2007 et de procéder à son inscription provisoire sur la liste mentionnée à l'article 5 du décret n° 2007- 435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision contestée l'empêche d'exercer son métier d'ostéopathe et la place dans une situation financière difficile ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle n'est pas motivée, la demande de communication de motifs qu'elle a adressée à l'ARS n'ayant reçu aucune réponse ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article 6 du décret du 25 mars 2007 dès lors qu'elle a obtenu son diplôme d'ostéopathe le 29 juillet 2017 au Royaume-Uni et a exercé pendant 5 années en Nouvelle-Zélande.

Par un mémoire enregistré le 30 janvier 2024, le directeur de l'ARS Occitanie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête de Mme B est irrecevable, car tardive ;

- l'urgence à suspendre la décision contestée n'est pas établie ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n°2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jérôme Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2024 :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Gajan, représentant la requérante, qui maintient ses conclusions et moyens et soutient en outre que : sa requête est bien recevable, en l'absence d'accusé de réception de son recours gracieux mentionnant les voies et délais de recours délivré par l'ARS ; l'ARS a méconnu l'obligation de transmettre sa demande à l'autorité compétente prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ; la décision contestée méconnaît les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ainsi qu'au principe de non discrimination en la plaçant dans une situation différente de celle des personnes qui auraient sollicité l'autorisation d'usage professionnel du titre d'ostéopathe durant la phase de transition prévue par les textes jusqu'au 1er janvier 2021 ;

- et les observations de M. C, représentant l'ARS Occitanie, qui maintient ses écritures.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titulaire du diplôme de master en ostéopathie obtenu le 29 août 2017 au Royaume-Uni, a sollicité le 8 mars 2021 l'autorisation d'usage professionnel du titre d'ostéopathe auprès des services de l'ARS Occitanie. En l'absence de réponse à sa demande, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. La requérante, pour démontrer l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision implicite, née le 8 juillet 2023, portant rejet de sa demande de délivrance de l'autorisation d'usage professionnel du titre d'ostéopathe, fait valoir que cette décision porte atteinte de manière grave et immédiate à ses intérêts dès lors qu'elle ne peut pas exercer son métier d'ostéopathe, la plaçant ainsi dans une situation financière très difficile. Cependant, outre que Mme B, qui exerçait des fonctions d'ostéopathe au sein du cabinet Wellwest en Nouvelle-Zélande d'octobre 2017 à avril 2023, ne justifie pas, par la seule production de ses relevés de compte, de sa situation financière, il est constant qu'elle n'a saisi le juge des référés que le 12 janvier 2024 contre la décision implicite qu'elle conteste, soit plus de six mois après la naissance de cette dernière et n'est par suite pas fondée à invoquer l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, et dès lors que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni de vérifier s'il est fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentée par Mme B, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à l'agence régionale de santé Occitanie.

Fait à Montpellier, le 2 février 2024.

Le juge des référés,

J. D

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 février 2024

La greffière,

L. Salsmann

N°2400202Ls

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