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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400273

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400273

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantARCAMES AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de la SAS Angelotti Aménagement contestant l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le maire de Paulhan a refusé un permis d'aménager pour un lotissement. Le tribunal a jugé que la demande de pièces complémentaires du 27 avril 2023, portant sur des éléments substantiels, avait valablement interrompu le délai d'instruction, empêchant la naissance d'un permis tacite. Il a également estimé que le motif de refus tiré de l'absence d'ouverture à l'urbanisation de la zone IIAU, fondé sur l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme, était légal, et que le second motif, basé sur l'article L. 111-11 du même code relatif à l'insuffisance du réseau d'assainissement, n'était pas entaché d'erreur d'appréciation. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Angelotti Aménagement, représentée par Me Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 du maire de la commune de Paulhan, refusant le permis d'aménager n°PA 034 194 23 C0002 en vue d'un lotissement de 3 macros lots sur un terrain situé Chemin de Las Mouillas à Paulhan correspondant aux parcelles cadastrées section AE n°265 et 266 ;

2°) à titre principal d'enjoindre au maire de la commune de Paulhan de lui délivrer le certificat de permis d'aménager tacite prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au maire de la commune de Paulhan de lui délivrer le permis d'aménager sollicité le 6 avril 2023, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) en toute hypothèse, de condamner la commune de Paulhan à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête, formée dans le délai légal de recours contentieux, est recevable ;

- l'arrêté du 21 août 2023 vaut retrait du permis d'aménager tacite dont elle est devenue bénéficiaire le 6 juillet 2023, la demande de pièces datée du 27 avril 2023 n'ayant pu interrompre ni modifier le délai d'instruction, dès lors qu'elle ne porte que sur des demandes de précisions ou mises en cohérence de certaines pièces du dossier, qui ne participent pas de la complétude du dossier, et est donc illégale ;

- ce retrait est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de la procédure contradictoire préalable prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- très subsidiairement, quand bien même l'arrêté devrait être regardé comme un arrêté de refus de permis d'aménager :

- le motif tiré de l'absence d'ouverture à l'urbanisation de la zone IIAU du plan local d'urbanisme au titre de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme est entaché d'erreurs de droit, d'une part car le délai réduit de six ans fixé désormais par la loi Climat et Résilience n'est pas applicable, d'autre part la zone IIAU où s'inscrit le projet est une zone ouverte à l'urbanisation et enfin compte tenu du certificat d'urbanisme informatif qu'elle a obtenu préalablement au dépôt de la demande de permis d'aménager ;

- le motif tiré de l'application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est entaché d'erreurs de droit et d'appréciation, dès lors que le projet ne nécessite pas de travaux portant sur le réseau public d'assainissement, que la commune ne démontre pas l'impossibilité de fixer un délai pour la réalisation des travaux qui s'avéreraient nécessaires sur le poste de relevage de Saint Martin et une autre solution technique était envisageable, dont la commune a été informée dans le cadre du recours gracieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, la commune de Paulhan, représentée par la SARL Arcames Avocats, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la SAS Angelotti Aménagement à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- les observations de Me Valette, représentant la société Angelotti Aménagement,

- et les observations de M. B, représentant la commune de Paulhan.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Angelotti Aménagement a déposé le 6 avril 2023 un dossier de demande de permis d'aménager un lotissement de trois macro-lots sur les parcelles cadastrées section AE n°265 et 266, situées chemin de Las Mouillas sur le territoire de la commune de Paulhan. Elle a complété son dossier le 24 mai 2023 à la demande du service instructeur. Par un arrêté du 21 août 2023, le maire de Paulhan a refusé de délivrer le permis d'aménager aux motifs, d'une part, en application du 4° de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme, de l'absence d'ouverture à l'urbanisation de ce secteur par une révision du plan local d'urbanisme et de l'absence d'acquisitions foncières significatives dans les six ans de sa création, et d'autre part, en application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, que la capacité de traitement des eaux usées de la commune ne permet pas de nouveaux raccordements dans un délai compatible avec la réalisation du projet. Par un courrier recommandé du 16 octobre 2023, la SAS Angelotti Aménagement a adressé au maire de Paulhan un recours gracieux, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, puis par courrier du maire du 28 décembre 2023 d'une décision expresse de rejet. Par la présente requête, la SAS Angelotti Aménagement demande l'annulation de l'arrêté de refus de permis d'aménager du 21 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'un permis d'aménager tacite :

2. Il résulte des articles R. 423-22, R. 423-23, R. 423-38, R. 423-39, R. 423-41 et R. 424-1 du code de l'urbanisme qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

3. Par un courrier du 27 avril 2023, le maire de Paulhan a demandé à la société pétitionnaire de compléter son dossier de demande de permis d'aménager, déposé le 6 avril 2023, d'une part en indiquant sur le formulaire Cerfa " le nombre de places de stationnement réalisé après projet ", d'autre part en corrigeant, dans la notice décrivant le terrain et le projet d'aménagement prévu, au point 11/c " collecte des déchets ", le nom de la structure réalisant cette collecte, et enfin, en corrigeant son projet de règlement pour préserver les zones non aedificandi.

4. La composition du dossier de demande de permis d'aménager un lotissement est prévue par les articles R. 441-1 et suivants et R. 442-3 et suivants du code de l'urbanisme. Aux termes de l'article R. 441-8-2 du même code : " Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ".

5. Si le maire a demandé à l'aménageur de compléter le formulaire CERFA en indiquant le nombre de places de stationnement réalisé par le projet, il ressort des rubriques dudit CERFA que cette information n'est à renseigner que " pour une demande comprenant un projet de construction ", ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Dans ces conditions, et alors en outre que l'information réclamée sur ce point figure, dans plusieurs pièces du dossier et notamment dans la pièce PA4 indiquant le nombre de places de stationnement dans le lotissement, la demande de la commune n'était pas justifiée sur ce point.

6. Ni le point e) de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme, ni aucune autre disposition de ce code régissant la composition des dossiers de demande de permis d'aménager n'imposent qu'une demande de permis d'aménager un lotissement comporte le nom de la structure qui devra assurer la collecte des déchets des futures constructions destinées à y être ultérieurement autorisées. Si l'aménageur avait mentionné par erreur le nom d'une structure qui n'intervient pas sur la commune et dont il s'engageait à respecter le règlement, la demande de correction du nom de la structure, qui n'était d'ailleurs pas nécessaire pour vérifier le respect des règles d'urbanisme applicables à l'opération décrite, n'était donc pas justifiée.

7. Aux termes de l'article R. 442-6 du code de l'urbanisme : " Le dossier de la demande est, s'il y a lieu, complété par les pièces suivantes : a) Un projet de règlement, s'il est envisagé d'apporter des compléments aux règles d'urbanisme en vigueur ; () ". Il est constant que le pétitionnaire a joint à son dossier de demande un projet de règlement. Il ressort des pièces du dossier que la correction de ce règlement demandée par la commune visait à assurer en toute circonstance le respect de l'emplacement réservé C4 prévu au règlement du plan local d'urbanisme pour l'élargissement du chemin de Las Mouillas. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de demande de permis d'aménager que le projet décrit respecte les limites de cet emplacement réservé, qui apparaît notamment sur le plan topographique et sur le plan de composition. La possibilité indiquée dans le règlement, que la zone inconstructible liée au respect de la règle de retrait entre les limites séparatives des deux lots, improprement désignée comme " zone non aedificandi ", disparaisse en cas de regroupement des deux lots, est étrangère au respect des limites de l'emplacement réservé. Dans ces conditions, le règlement ne comportait aucune insuffisance ou incohérence qui aurait justifié qu'il soit corrigé. La troisième demande de correction formulée par le service instructeur n'était dès lors pas non plus justifiée.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que le délai d'instruction de trois mois, qui a commencé à courir le 6 avril 2023, n'a été ni interrompu, ni modifié par la demande illégale de pièces complémentaires contenue dans la lettre du maire de Paulhan du 27 avril 2023. Ainsi la société Angelotti Aménagement est fondée à se prévaloir de la naissance d'un permis d'aménager tacite à l'expiration du délai d'instruction de sa demande, soit le 6 juillet 2023, et à soutenir que l'arrêté contesté du 21 août 2023 doit être regardé comme procédant au retrait de ce permis d'aménager tacite.

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :

9. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " ()le permis de construire ou d'aménager () tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (..) ". Il résulte de ces dispositions que la décision qui, comme dans le cas d'espèce, procède au retrait d'un permis d'aménager, doit être motivée et par suite, doit être précédée de la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 constitue une garantie pour le titulaire du permis d'aménager dont le retrait est envisagé. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

10. Il est constant qu'avant de procéder au retrait du permis d'aménager tacite, le maire de Paulhan n'a pas mis le pétitionnaire à même de présenter des observations. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas fait état en défense d'une situation d'urgence ni de l'une des autres circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision de retrait a été prise au terme d'une procédure irrégulière. La société Angelotti Aménagement a, en l'espèce, été effectivement privée de la garantie évoquée au point précédent.

11. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". En l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision en litige.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté de retrait du permis d'aménager tacite, pris par le maire de la commune de Paulhan le 21 août 2023, doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. D'une part, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". D'autre part, aux termes l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite () l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. () ".

14. Eu égard au motif retenu ci-dessus pour annuler l'arrêté en litige, le présent jugement, qui a pour effet de rétablir le permis d'aménager tacite né sur la demande de la SAS Angelotti Aménagement, implique nécessairement que le maire de Paulhan lui délivre un certificat de permis d'aménager tacite en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Paulhan de procéder à la délivrance d'un tel certificat dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Angelotti Aménagement, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Paulhan au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. La commune de Paulhan versera la somme de 1 500 euros à la SAS Angelotti Aménagement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Paulhan du 21 août 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Paulhan de délivrer à la SAS Angelotti Aménagement un certificat de permis d'aménager tacite dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La commune de Paulhan versera la somme de 1 500 euros à la SAS Angelotti Aménagement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Angelotti Aménagement et à la commune de Paulhan.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 décembre 2024

La greffière,

M. A

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