lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2400384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par requête et un mémoire enregistrés les 20 janvier et 8 mars 2024, Mme G E, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé d'abroger l'arrêté du 3 février 2022 en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec délai de trente jours vers l'Algérie ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail et de lui notifier une nouvelle décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme E soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation en application des dispositions de l'article L.211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle comporte une erreur de droit pour méconnaissance des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle nouvelle ;
- elle viole l'article 8 de la CEDH ;
-elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences manifestement excessives de la décision.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2023
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;
- et les observations de Me Sergent, représentant Mme E.
1. Mme E, ressortissante algérienne née en 1992, divorcée de M. A, est entrée régulièrement dans l'espace Schengen et pour la dernière fois en France le 16 juin 2017, accompagnée de son enfant, C F A, né en 2013. Elle a donné naissance, le
30 octobre 2017, à son deuxième enfant, D B. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision devenue définitive de l'Office français pour les réfugiés et les apatrides en date du 10 janvier 2019. Le 11 juillet 2019, Mme E a sollicité la délivrance d'une première autorisation provisoire de séjour en qualité de " parent accompagnant d'enfant étranger malade " qui lui a délivrée le 18 octobre 2019 et renouvelée jusqu'au 21 octobre 2021. A la suite d'un nouvel avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, rendu le 17 janvier 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, par arrêté du 3 février 2022, a refusé de renouveler l'autorisation, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par jugement 2200873 du 17 mai 2022 confirmé par ordonnance de la cour administrative d'appel de Toulouse 22TL21433 du 24 novembre 2022. Par courrier du 10 mai 2023 arrivé le 12 mai suivant,
Mme E a sollicité l'abrogation de l'arrêté du 3 février 2022, en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, à raison d'un changement de circonstances de fait. Par la présente, Mme E demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande et formule des conclusions injonctives.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai de recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui ont été communiqués ". Il résulte de ces dernières dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.
3. Faisant valoir qu'elle était désormais enceinte d'un troisième enfant,
Mme E a, par un courrier du 10 mai 2023 reçu en préfecture le 12 mai 2023, demandé au préfet des Pyrénées-Orientales d'abroger l'arrêté du 3 février 2022, en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire. A défaut de réponse de la part du préfet, une décision implicite de rejet est née le 12 septembre 2023. Le refus implicite qui a été opposé par le préfet à la demande de Mme E constitue une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions précitées.
4. Il est constant que, par courriel daté du 9 octobre 2023, soit dans le délai de recours contentieux, Mme E a sollicité la communication des motifs de cette décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande ait reçu une réponse de la part du préfet indiquant à la requérante les motifs du rejet de sa demande d'abrogation. Par suite, la décision implicite de rejet attaquée est entachée d'un défaut de motivation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation de l'arrêté du
3 février 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'annulation pour irrégularité de forme implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à un examen de la situation de la requérante, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de procès :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Sergent en application des articles 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande reçue par le préfet des Pyrénées-Orientales le 12 mai 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à un examen de la situation de la requérante, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Sergent en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard,président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024
La rapporteure,
B Pater
Le président,
J.P Gayrard
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 septembre 2024.
Le greffier,
S. Sangaré
ale
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