Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, M. E... B..., représenté par Me Manya, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le maire de la commune de Saint-Cyprien lui a infligé la sanction de révocation ;
2°) d’enjoindre à la commune de Saint-Cyprien de procéder à sa réintégration sans délai et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Cyprien la somme de 2 500 euros à lui verser en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur quant à la matérialité des faits dès lors que, placé en congé de maladie pour la période du 19 au 24 avril 2023, il n’a pas signé le rapport d’intervention du 23 avril 2023 ;
- la sanction est disproportionnée au regard de l’avis du conseil de discipline, des suites données au signalement du maire au préfet et au procureur de la République, du caractère isolé des faits et de ses états de service.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 17 septembre 2024, la commune de Saint-Cyprien, représentée par la SCP Chichet-Henry-Pailles-Garidou-Renaudin, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi du 22 avril 1905 ;
- le décret n° 89-477 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Didierlaurent,
- les conclusions de M. Sanson, rapporteur public,
- les observations de Me Py, représentant M. B..., et celles de Me Paré, représentant la commune de Saint-Cyprien.
Considérant ce qui suit :
M. B..., brigadier-chef principal de police municipale de la commune de Saint-Cyprien, affecté au service de nuit de 22h00 à 6h30 au sein d’un équipage composé en outre de M. C... D... et de M. A... F..., s’est rendu en intervention, dans la nuit du 8 au 9 avril 2023, sur les lieux d’un différend familial. Alors que M. D... n’avait pas pris son service au cours de cette nuit, M. B... a apposé sa signature, en lieu et place de celle de M. D..., sur le registre de fin de service ainsi que sur le registre de sorties et de restitutions d’armes. En outre, l’autorité hiérarchique a pris connaissance d’un rapport d’intervention du 23 avril 2023, rédigé par M. D..., lequel mentionne sa présence lors de cette intervention ainsi que celle de ses collègues et portant les signatures de ceux désignés comme ayant participé à cette intervention.
Par un arrêté du 24 mai 2023, le maire de la commune de Saint Cyprien a suspendu M. B... de ses fonctions puis, par une lettre du 21 septembre 2023, l’a informé de ce qu’il sera affecté provisoirement, à compter du 25 septembre suivant, à des fonctions de médiateur à l’agence postale du village. Enfin, par un arrêté du 8 janvier 2024, le même maire a infligé à M. B... la sanction de révocation. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions l’expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. (…) ». En outre, aux termes de l’article R. 515-7 du code de la sécurité intérieure : « L'agent de police municipale est intègre, impartial et loyal envers les institutions républicaines. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance. / Il est placé au service du public et se comporte de manière exemplaire envers celui-ci./ (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : 1° Premier groupe : a) L’avertissement ; b) Le blâme ; c) L’exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. 2° Deuxième groupe : a) La radiation du tableau d’avancement ; b) L’abaissement d’échelon à l’échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; c) L’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à seize jours ; d) Le déplacement d’office dans la fonction publique de l’État. 3° Troisième groupe : a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l’échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l’échelon détenu par le fonctionnaire ; b) L’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. 4° Quatrième groupe : a) La mise à la retraite d’office ; b) La révocation ».
Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
En premier lieu, M. B... fait valoir que l’arrêté en litige est entaché d’inexactitude dans la matérialité des faits dès lors qu’il n’a pas signé le rapport d’intervention du 23 avril 2023, étant placé en congé pour maladie imputable au service pour la période du 19 au 24 avril 2023. Toutefois, alors qu’il ressort des termes de la décision attaquée que l’intéressé a reconnu les faits qui lui étaient reprochés, notamment devant le conseil de discipline, il ressort de la lecture des observations produites par M. B... devant ce conseil qu’il soutenait alors avoir entendu attester de la réalité des faits ayant donné lieu à l’intervention sans se prononcer sur la présence de M. D... lors de cette dernière. Par suite, dès lors que la date mentionnée sur ce rapport correspond à celle indiquée par son auteur, sans préjuger de la date de sa signature par M. B..., cette seule circonstance ne remet pas à elle seule en cause la matérialité des faits imputés à l’intéressé, lesquels constituent une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.
En deuxième lieu, alors que M. D... ne s’est jamais présenté à son service, la nuit du 8 au 9 avril 2023, la signature, pour le compte de ce dernier, du registre journalier de prise et de fin de service, du registre journalier de prise en compte individuelle et de restitution d’armes, ainsi que la signature d’un rapport d’intervention mensonger rédigé par cet agent, constituent un manquement grave aux devoirs de loyauté, d’exemplarité et de probité qui s’imposent à tout agent public et, en particulier, à un brigadier-chef principal de police municipale.
Toutefois, compte tenu de l’absence de tout antécédent disciplinaire, des états de service dont M. B... fait état dans ses fonctions de policier municipal et du contexte, caractérisé par des difficultés familiales à l’origine de l’absence de M. D..., et alors que le conseil de discipline a proposé, à l’issue de sa séance du 28 novembre 2023, une sanction de rétrogradation, le maire de la commune de Saint-Cyprien, qui disposait d’un éventail de sanctions de nature et de portée différentes a, en faisant le choix de la plus sévère parmi toutes celles mentionnées à l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique, prononcé à l’encontre de M. B... une sanction disproportionnée.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le maire de la commune de Saint-Cyprien lui a infligé la sanction de révocation.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’annulation de la révocation de M. B... implique nécessairement la réintégration de l’intéressé avec une affectation sur un poste correspondant à son grade, et la reconstitution de sa carrière ainsi que ses droits à pension à compter de la date de son éviction illégale. Il y a lieu d’enjoindre à la commune de Saint-Cyprien d’y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B..., qui n’est pas la partie perdante, la somme que la commune de Saint-Cyprien demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Cyprien la somme que réclame M. B... au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le maire de la commune de Saint-Cyprien a infligé à M. B... la sanction de révocation est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Cyprien de réintégrer M. B... dans un délai de deux mois, en l’affectant sur son ancien poste ou sur un poste correspondant à son grade et de reconstituer sa carrière ainsi que ses droits à pension à compter de la date de son éviction illégale.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Cyprien en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E... B... et à la commune de Saint-Cyprien.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
M. Meekel, premier conseiller,
M. Didierlaurent, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025.
Le rapporteur,
M. Didierlaurent
La présidente,
S. Encontre
La greffière,
L. Rocher
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 octobre 2025.
La greffière,
L. Rocher