Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2024, M. B... A..., représenté par Me Alet, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a suspendu son permis de conduire pour une durée de quatre mois ;
2°) d’enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui restituer son permis de conduire dans un délai de cinq jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- aucune procédure contradictoire préalable n’a eu lieu en méconnaissance de l’article L. 211-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- ni la décision attaquée, ni aucune pièce du dossier ne mentionne la référence de l’appareil de contrôle utilisé alors que la méthode de calcul de la vitesse et les marges d’erreur sont fonction de la qualité de l’appareil et de la nature du contrôle ;
- la décision est entachée d’une erreur de qualification juridique des faits dès lors que son comportement ne trouble pas l’ordre public et qu’il existe un doute quant à la vitesse retenue et à la zone de contrôle ;
- la décision attaquée ne vise aucune décision prévoyant qu’il a été procédé à une restriction de la limitation de vitesse sur la portion de voie limitée à 90 km/h où il a été contrôlé ;
- la sanction est disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, Mme Doumergue, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Doumergue ;
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Laporte, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales a, après que le permis de conduire de M. A... ait été retenu le 23 janvier 2024, suspendu ce permis pour une durée de quatre mois, sur le fondement des dispositions de l’article L. 224-2 du code de la route. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence (…) ». Aux termes de l’article L. 224-2 du code de la route : « (…), le représentant de l’Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois (…). / Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur (…) ». Le délai de soixante-douze heures imparti par le législateur au préfet pour prononcer la suspension du permis du conduire crée une situation d’urgence de nature à dispenser l’administration de l’application des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration.
D’autre part, les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration sont définies à l’article L. 122-1 du même code. Compte tenu des conditions particulières d’urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu’un conducteur, circulant à une vitesse excessive, retrouve l’usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Eu égard au caractère particulièrement dangereux de la conduite de M. A... pour lui-même et pour les tiers, ainsi qu’au délai de 72 heures auquel le préfet des Pyrénées-Orientales était soumis pour statuer, l’existence d’une situation d’urgence est caractérisée. Dès lors, le préfet des Pyrénées-Orientales n’a pas méconnu des dispositions de l’article L. 121-1 précitées du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen doit être écarté.
En deuxième lieu, s’il revient à la juridiction administrative d’apprécier la légalité d’un arrêté préfectoral de suspension d’un permis de conduire pris à la suite d’une infraction au code de la route, il n’appartient qu’aux seules juridictions de l’ordre judiciaire de se prononcer sur la régularité de la constatation de ladite infraction. M. A... qui conteste l’existence d’une décision préfectorale restreignant la limitation de vitesse à 90 km/h mais n’allègue pas avoir saisi la juridiction compétente pour la contestation de la matérialité de l’infraction ne peut utilement soutenir que l’infraction ne serait pas caractérisée en raison d’un doute sur la vitesse retenue en l’absence d’indication de l’appareil de contrôle utilisé et quant à la vitesse maximale autorisée. Par suite, la contestation de la matérialité des faits qui lui sont reprochés ne constitue pas un moyen susceptible d’être utilement invoqué devant le juge administratif à l’encontre de la décision de suspension de son permis de conduire prise par le préfet des Pyrénées-Orientales.
En troisième lieu, la mesure de suspension provisoire prononcée par le préfet des Pyrénées-Orientales est une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l’ordre public et de la sécurité des usagers de la route et non une décision juridictionnelle statuant en matière pénale. Il s’ensuit que M. A... ne peut utilement soutenir que la décision attaquée constituerait une sanction qui serait disproportionnée.
En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l’avis de rétention, que M. A... a été contrôlé à une vitesse retenue de 134 km/h sur une portion de voie où la vitesse maximale autorisée était de 90 km/h, dépassant ainsi de 40 km/h ou plus la vitesse autorisée comme l’expose la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de l’infraction commise et au danger que ce comportement de conduite créé pour tous les usagers de la route, c'est sans commettre d’erreur d’appréciation que le préfet des Pyrénées-Orientales, a, par l’arrêté contesté, prononcé pour une durée de quatre mois la suspension de la validité de son permis de conduire sur le fondement des dispositions de l’article L. 224-2 du code de la route, sans que le requérant ne puisse utilement se prévaloir des conséquences de cette mesure sur son activité professionnelle.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a suspendu son permis de conduire pour une durée de quatre mois doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais de l’instance doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La magistrate désignée,
C. Doumergue
La greffière,
A-L. Edwige
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 15 octobre 2024,
La greffière,
A-L. Edwige