Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 février, 31 juillet et 13 novembre 2024, M. C... A... demande au tribunal :
1°) d’annuler la délibération du 11 octobre 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Mireval a décidé d’échanger des parcelles cadastrées section AY n° 114 et 132 avec la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon afin de permettre la construction des bâtiments composant le lotissement « les Sonnets d’Eulalie » ;
2°) d’annuler la délibération du 6 décembre 2023 par laquelle le conseil municipal de Mireval a décidé du déclassement de la parcelle section AY n° 169 d’une superficie de 50 mètres carrés et d’échanger cette parcelle avec deux nouvelles parcelles cadastrées section AY n° 167 et 168 appartenant à la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon.
Il soutient que :
- les conseillers municipaux ont été insuffisamment informés faute de communication du constat d’huissier de justice du 23 novembre 2023 réalisé par la commune ;
- aucune enquête publique n’a été réalisée avant le déclassement de la portion de la parcelle objet de l’échange alors que le trottoir est toujours affecté à l’usage du public ;
- la délibération a été prise en l’absence de tout avis rendu par France domaine ;
- la délibération méconnaît l’article L. 2141-1 du code général des propriétés des personnes publiques dès lors qu’elle était toujours affectée à l’usage du public ;
- elle méconnaît l’article L. 3112-3 du code général des propriétés des personnes publiques dès lors que l’échange de partie du domaine public ne peut être réalisé sans déclassement qu’entre personnes publiques ;
- la délibération est illégale dès lors que le domaine public est inaliénable et imprescriptible ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que l’échange est dépourvu de contrepartie suffisante pour la commune ;
- elle méconnaît l’article 1er de l’arrêté du 15 janvier 2007 ;
- le maire aurait dû faire usage de ses pouvoirs de police en application de l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet et 10 septembre 2024, la commune de Mireval, représentée par Me Valette, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A... à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir :
- que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la délibération du 11 octobre 2023 sont tardives ;
- que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon, représentée par le cabinet Frèche et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir
- que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la délibération du 11 octobre 2023 sont tardives ;
- que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés ou sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la voirie routière ;
- le code général des propriétés des personnes publiques ;
- l’arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- les conclusions de M. Chevillard rapporteur public,
- et les observations de M. A..., de Me Vidal représentant la commune de Mireval et de Me Tisseyre représentant la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon.
Considérant ce qui suit :
1. La société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon a acquis une parcelle cadastrée section AY n° 114 située sur le territoire de la commune de Mireval afin d’y réaliser un programme de logements. Dans le cadre d’une procédure de délimitation de cette parcelle avec le domaine public routier communal, le géomètre expert a mis à jour un empiètement d’une partie du mur situé au Sud-Est de la parcelle privée sur la parcelle communale cadastrée section AY n° 132 pour une superficie d’environ 50 mètres carrés, tandis qu’une partie de la rue Ronsard située sur la parcelle communale cadastrée section AY n°132 empiétait, au Nord et au Nord-Est, sur la parcelle privée cadastrée section AY n°114, pour une superficie totale d’environ 18 m². Par délibération du 11 octobre 2025, le conseil municipal de la commune de Mireval a décidé d’échanger les parties de parcelles AY 114 et AY 132 telles que définies dans le rapport du géomètre expert avec la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon afin de permettre la construction des bâtiments composant le lotissement « les Sonnets d’Eulalie » et autoriser le maire à signer tout acte et documents nécessaires. La parcelle AY 132 a alors été divisée et une parcelle d’une superficie de 50 m² a été créée sous le n° 169, tandis que la parcelle AY n°114, après division, a donné lieu à la création de deux parcelles distinctes d’une surface respective de 5 et 13 mètres carrés. Puis, par délibération du 6 décembre 2023, le conseil municipal de Mireval a décidé du déclassement de la parcelle AY n°169 d’une superficie de 50 m² résultant d’un redécoupage cadastral susmentionné et d’échanger cette parcelle avec les deux nouvelles parcelles cadastrées AY n° 167 et 168 résultant du même découpage appartenant à la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon. M. C... A..., membre du conseil municipal de la commune de Mireval, en demande l’annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ». Le délai dont dispose un membre du conseil municipal pour attaquer une délibération de ce conseil court de la date de la séance dès lors qu'il y a été régulièrement convoqué, même s'il n'y a pas assisté.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A..., membre du conseil municipal a assisté à la séance du 11 octobre 2023 au cours de laquelle la délibération, dont il demande l’annulation, a été votée, lui-même ayant pris part au vote. Par suite, et alors qu’il disposait d’un délai de deux mois courant à compter de ce même jour pour en contester la légalité, les conclusions à fin d’annulation qu’il présente, et qui ont été enregistrées le 4 février 2024, sont tardives et par suite irrecevables. Les fins de non-recevoir opposées en défense doivent par suite être accueillies.
Sur la légalité de la délibération du 6 décembre 2023 :
4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 141-3 du code de la voirie routière : « Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal ». Aux termes de l’article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : « Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse ». L’article L. 2121-13 du même code prévoit que : « Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. »
5. Si le requérant insiste sur l’insuffisance des informations transmises aux conseillers municipaux préalablement à la tenue du conseil municipal, et plus particulièrement fait grief de n’avoir reçu le procès-verbal de constat d’huissier de justice réalisé le 23 novembre 2023, qui constate la présence de grille sur une partie du trottoir de la rue Ronsard, aucune disposition n’impose la transmission préalable d’informations et les conseillers municipaux ont été informés lors du conseil municipal, préalablement au vote, des caractéristiques principales du projet. Alors qu’aucun conseiller municipal n’a sollicité d’information complémentaire ou fait part d’un défaut d’information, le moyen tiré du défaut d’information des conseillers municipaux doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement. ». Aux termes de l’article L. 111-1 du code de la voirie routière : « Le domaine public routier comprend l’ensemble des biens du domaine public (…) des communes affecté aux besoins de la circulation terrestre (…) ». Aux termes de l’article L. 141-1 du même code : « Les voies qui font partie du domaine public routier communal sont dénommées voies communales (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 141-3 du code de la voirie routière : « Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal…. / Les délibérations concernant le classement ou le déclassement sont dispensées d'enquête publique préalable sauf lorsque l'opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie. ».
7. Il ressort des pièces du dossier que le déclassement autorisé par la délibération en litige a pour seul effet de réduire la largeur du cheminement piéton longeant une partie de la rue Ronsard, sans faire obstacle ni à la circulation automobile, ni à celle des piétons. Ainsi, cette opération ne porte pas atteinte aux fonctions de circulation et de desserte assurées par cette voie. M. A... ne peut dès lors utilement reprocher à la commune de Mireval de ne pas avoir précédé son adoption d’une enquête publique.
8. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : « Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune, sous réserve, s'il s'agit de biens appartenant à une section de commune, des dispositions des articles L. 2411-1 à L. 2411-19. (…) Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité ».
9. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu’il a privé les intéressés d’une garantie. L’application de ce principe n’est pas exclue en cas d’omission d’une procédure obligatoire, à condition qu’une telle omission n’ait pas pour effet d’affecter la compétence de l’auteur de l’acte.
10. La consultation du service des domaines prévue au 3ème alinéa précité de l’article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales préalablement à la délibération du conseil municipal portant sur la cession d’un immeuble ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants ne présente pas le caractère d’une garantie d’information. Il appartient en revanche au juge saisi d’une délibération prise en méconnaissance de cette obligation de rechercher si cette méconnaissance a eu une incidence sur le sens de la délibération contestée.
11. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Mireval a saisi, le 10 novembre 2023, le pôle d’évaluation domaniale d’une demande d’avis sur la valeur de la parcelle dont la cession était envisagée. S’il est constant que le conseil municipal s’est prononcé en l’absence de tout avis rendu par ce service, en méconnaissance des dispositions précitées, il ressort de la lettre adressée le 19 décembre 2023 par le pôle d’évaluation domaniale au maire de Mireval que cette parcelle, en nature réelle de trottoir sur voie publique, participe aux espaces de circulation publique et que l’opération envisagée est analysée comme un transfert de charge d’entretien de sorte que sa valeur vénale est fixée à hauteur d’un euro symbolique. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, bien que le conseil municipal ait délibéré sans l’avis rendu par le pôle d’évaluation domaniale, cette irrégularité n’a pas été susceptible d’avoir exercé une influence sur le sens de la délibération du conseil municipal de Mireval.
12. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 2141-1 du code général des propriétés des personnes publiques : « Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement. ».
13. La délibération portant déclassement emportant par elle-même désaffectation de la parcelle en cause, M. A... ne peut utilement soutenir, pour la contester, que cette parcelle n’avait pas cessé d’être affectée à l’usage du public, en méconnaissance de l’article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques.
14. Si M. A... se prévaut de la méconnaissance par la délibération de l’article L. 3112-3 du code général des propriétés des personnes publiques, qui dispose que les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui relèvent de leur domaine public, peuvent être cédés à l'amiable, sans déclassement préalable, entre ces personnes publiques, lorsqu'ils sont destinés à l'exercice des compétences de la personne publique qui les acquiert et relèveront de son domaine public, ces dispositions ne sont en tout état de cause pas applicables à l’opération d’échange décidée par la délibération en litige, qui est consenti au profit d’une personne privée. Par ailleurs, si le requérant cite les dispositions de l’article L. 2141-2 du même code, il n’assortit pas cette citation des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.
15. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la délibération en litige, qui a pour objet de régulariser une situation d’empiètements réciproques entre les terrains appartenant à la société Nexity et le domaine public routier communal, poursuit un but d’intérêt général. Ni la circonstance que la superficie de la parcelle cédée à la société Nexity est plus importante que celle récupérée par la commune, ni la renonciation de la commune à obtenir en contrepartie de la cession des clôtures du bâtiment existant et du mobilier de la maison de retraite qui était alors implantés sur la parcelle acquise par la société Nexity, ne suffisent à établir que l’échange aurait été réalisé au détriment des intérêts de la commune, ou à vil prix. Par suite, le requérant, à supposer qu’il ait entendu s’en prévaloir, n’est ni fondé à soutenir que la délibération serait entachée d’une erreur d’appréciation ni qu’elle procèderait d’un détournement de pouvoir.
16. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l’arrêté du 15 janvier 2007 qui fixe à un mètre quarante la largeur minimale des trottoirs, dès lors qu’en autorisant le déclassement d’une parcelle, la délibération du conseil municipal de Mireval n’autorise ni la réalisation d’une voie nouvelle, ni celle d’aménagements ou de travaux sur des voies, cheminements existants ou espaces publics.
17. En septième et dernier lieu, si le requérant reproche au maire de n’avoir fait usage de ses pouvoirs de police prévus au 1° de l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, cette circonstance est dépourvue de lien avec le présent litige et le moyen doit être écarté comme inopérant.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la délibération du conseil municipal de Mireval du 6 décembre 2023.
Sur les frais liés au litige :
19. Il n’y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Mireval, qui n’est pas la partie perdante, la somme dont M. A... sollicite le versement en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l’espèce il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées tant par la commune de Mireval que par la société Nexity et de mettre à la charge de M. A... la somme de 1 500 euros à leur verser respectivement au titre des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : M. A... versera la somme de 1 500 euros respectivement à la commune de Mireval et à la société Nexity IR sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C... A..., à la commune de Mireval et à la société Nexity IR programmes Languedoc Roussillon.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
M. Julien Jacob, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2025.
La rapporteure,
A. B...
Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 décembre 2025.
La greffière,
M-A. Barthélémy