mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2400703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2024, Mme E F, épouse A, doit être regardée comme demandant au tribunal d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui proposer un logement de type T3-T4 répondant à ses besoins et capacités, conformément aux préconisations de la commission de médiation du département de l'Hérault du 6 juin 2023.
Elle soutient que le logement proposé à la suite de sa demande, effectuée il y a plus de trois ans, n'est pas adapté à sa situation.
Par un mémoire enregistré le 20 février 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le logement proposé était conforme aux préconisations de la commission de médiation ;
- les motifs du refus n'étant pas légitimes, la demande de logement de la requérante a perdu son caractère prioritaire et l'Etat est délié de ses obligations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. B,
- les observations de Mme D, représentant le préfet de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 modifié du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. () Le président du tribunal administratif (), lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte () ". Aux termes de l'article R. 441-16-2 du même code : " La commission de médiation, lorsqu'elle détermine en application du II de l'article L. 441-2-3 les caractéristiques du logement devant être attribué en urgence à toute personne reconnue prioritaire, puis le préfet, lorsqu'il définit le périmètre au sein duquel ce logement doit être situé et fixe le délai dans lequel le bailleur auquel le demandeur a été désigné est tenu de le loger dans un logement tenant compte de ses besoins et capacités, apprécient ces derniers en fonction de la taille et de la composition du foyer (), de l'état de santé, des aptitudes physiques ou des handicaps des personnes qui vivront au foyer, de la localisation des lieux de travail ou d'activité et de la disponibilité des moyens de transport, de la proximité des équipements et services nécessaires à ces personnes. Ils peuvent également tenir compte de tout autre élément pertinent propre à la situation personnelle du demandeur ou des personnes composant le foyer () ".
2. En application de ces dispositions, l'obligation faite au préfet de loger les personnes reconnues prioritaires par la commission de médiation départementale, implique seulement que cette autorité propose une offre de logement correspondant aux besoins et capacités du demandeur, conformément aux préconisations de la commission. Pour l'appréciation de l'adéquation de l'offre à ses besoins et capacités, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir, hors les cas où il établirait une atteinte personnelle, grave et précise à son intégrité physique ou celle de sa famille, de pures convenances personnelles.
3. Par une décision du 6 juin 2023, la commission de médiation de l'Hérault a désigné Mme F comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type T3-T4 accessible répondant à ses besoins et capacités, en relevant que l'intéressée mentionnait parmi les personnes à loger, en plus d'elle-même, son conjoint et deux enfants mineurs à sa charge.
4. A la suite de cette décision, une proposition de logement a été adressée à Mme F, le 21 juin 2023, pour un logement de type T4 d'une superficie de 79,95 m², situé place Saint-Simon à Montpellier. L'intéressée a refusé cette offre aux motifs, d'une part, que la composition du logement présente un risque et des difficultés d'accessibilité pour ses deux jeunes enfants, d'autre part, que le logement est situé au troisième étage sans ascenseur et, enfin, qu'il est trop éloigné de son lieu de travail.
5. Il est toutefois constant que la typologie de ce logement répondait aux caractéristiques déterminées par la commission de médiation dans sa décision du 6 juin 2023. Les circonstances que le logement se situe au troisième étage d'un immeuble sans ascenseur et que les toilettes et sanitaires se trouvent au premier niveau du duplex proposé, alors que la requérante ne se prévaut que du seul âge de ses enfants, ne sauraient suffire à caractériser l'inadaptation ou la dangerosité du logement au regard de la composition de sa famille. Si Mme F fait également valoir que le logement est trop éloigné de son lieu de travail, ce qui entraînerait des difficultés de déplacements et une augmentation de ses dépenses liées aux transports, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait s'y rendre en empruntant les transports en commun, dont l'utilisation est dorénavant gratuite pour les habitants de la métropole montpelliéraine. Les motifs de refus de l'offre de logement présentée à Mme F ne peuvent donc être regardés que comme relevant de pures convenances personnelles. En outre, il résulte de l'instruction qu'elle a été informée de manière complète par le bailleur social que l'offre lui était faite au titre du droit au logement opposable et qu'un refus de sa part était susceptible de lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault, qui justifie avoir offert à Mme F un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, au regard des critères définis à l'article R. 441-16-2 précité, est fondé à soutenir qu'il est délié de ses obligations de relogement.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse A et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie sera adressée au préfet de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
Le président,
D. BLa greffière,
C. Arce
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 mars 2024,
La greffière,
C. Arce
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