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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401136

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401136

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2024, M. G A B, représenté par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans la commune de Perpignan pour une période d'un an.

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en examinant son droit au séjour au regard du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non au regard de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'il ne démontre pas disposer de revenus licites et d'une intégration particulière ;

- le préfet a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- c'est à tort que le préfet a considéré qu'il ne disposait d'aucune garantie de représentation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français ;

- il réside à Pantin et y travaille depuis 2022, de sorte que la mesure d'assignation à résidence à Perpignan est injustifiée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viallet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 7 janvier 1993, est entré irrégulièrement en France le 21 février 2021 selon ses déclarations et s'y maintient depuis sans justifier de sa situation au regard du droit au séjour. Il a été remis aux services de la police aux frontières par les autorités espagnoles le 22 février 2024. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans la commune de Perpignan pour une période d'un an.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par Mme E C, cheffe de la section asile-éloignement-contentieux. Par un arrêté du 22 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. F D, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer " la mise en œuvre des mesures concernant les étrangers en situation irrégulière : éloignement () ", l'article 2 de cet arrêté prévoyant également qu'en cas d'absence ou d'empêchement de l'intéressé, cette délégation peut être exercée par le chef du bureau et de la migration ou, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par son adjointe, Mme E C. Par suite, et dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué que le directeur et le chef de bureau n'auraient pas été empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, non stéréotypé, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant à M. A B de comprendre les motifs des décisions prononcées à son encontre. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". D'autre part, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

5. Si le requérant soutient que le préfet aurait commis une erreur de droit en ne vérifiant son droit au séjour qu'au regard du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. A B soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en considérant qu'il ne justifie d'aucun revenu licite ni d'une intégration particulière. Il fait valoir qu'il réside en France depuis trois ans, qu'il a été employé en contrat à durée déterminé puis à durée indéterminée pour un salaire allant de 1 600 à 1 800 euros par mois, et que son compte bancaire présente un solde positif de plus de sept mille euros. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté que M. A B ait entendu faire valoir ces éléments auprès du préfet avant que ce dernier ne prenne la décision attaquée, alors que le requérant a indiqué lors de sa remise aux services de la police aux frontières qu'il travaillait de manière non déclarée sur les marchés. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas fait état de ce motif. Par suite, le moyen sera écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention de la vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, célibataire et sans charge de famille, se maintient irrégulièrement en France depuis son entrée sur le territoire en février 2021. S'il justifie d'un emploi d'aide plombier conclu en contrat à durée déterminée du 17 janvier au 16 juillet 2023 transformé à durée indéterminée à compter du 17 juillet 2023, ces éléments à eux seuls ne suffisent pas à démontrer que l'intéressé aurait établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ce alors qu'il ne démontre pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où résident ses parents et ses six frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A B au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point qui précède, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

11. Si le requérant soutient qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes, cette circonstance, à la supposer établie est sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet s'est également fondé sur les dispositions précitées du 1° et du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, M. A B ne pouvant justifier être régulièrement entré sur le territoire français et ayant déclaré envisager son maintien sur le territoire national. Par suite le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu' aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. D'une part, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans renvoie à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, le préfet a tenu compte du fait que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire depuis plusieurs mois et s'y maintient depuis sans justifier d'attaches personnelles et familiales. Dans ces conditions, le requérant, qui ne fait pas état de circonstances humanitaires, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur d'appréciation. Par suite ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

16. En second lieu, M. A B fait valoir sans être contredit par le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il ne possède aucune résidence à Perpignan et justifie résider au n°1 rue Etienne Marcel à Pantin, dans le département de la Seine-Saint-Denis, depuis le mois d'août 2022. Dans ces conditions, la décision du préfet des Pyrénées-Orientales est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et doit être annulée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 en tant qu'il l'assigne à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Au vu de ses motifs, l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution et les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 23 février 2024 est annulé en tant qu'il fixe le lieu d'assignation de M. A B dans le département des Pyrénées-Orientales.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Chninif.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 22 avril 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 avril 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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