vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401330 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | FORUM REFUGIES - CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE DE SETE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. D A, représenté par Me Serrano, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononcé une interdiction de retour pour une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, au titre des frais du litige.
Il soutient que :
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- la décision d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à l'ancienneté de sa présence en France et au fait que les autorités tadjikes ne le reconnaissent pas comme ressortissant ;
- la décision d'interdiction de retour est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité de la décision d'éloignement ;
- la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée alors qu'il a effectué des démarches en vue de régulariser sa situation et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lesimple, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Madame Lesimple, magistrate désignée ;
- les observations de Me Serrano, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 3 mars 2024 le préfet de l'Hérault a pris à l'encontre de M. A, ressortissant tadjik né en 1969, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être reconduit d'office et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
4. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par M. B C. Par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B C, sous-préfet de Béziers, à l'effet de signer, durant ses permanences effectuées les week-ends et jours fériés, toutes décisions nécessitées par une situation d'urgence, incluant expressément tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers et notamment les mesures d'éloignement prises à l'encontre des étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire. Alors qu'il n'est pas allégué que M. C n'aurait pas effectivement été de permanence lorsque l'arrêté en litige fut signé, le dimanche 3 mars, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A soutient avoir vécu en France de 2000 à 2012 puis depuis 2015. Toutefois, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet de six précédentes mesures d'éloignement en 2004, 2018, 2020, 2021, 2022 et 2023. Par ailleurs, il est constant qu'il est actuellement célibataire et sans charge de famille alors que ses deux fils, âgés d'une trentaine d'années vivent en Russie et il ne fait pas état de liens familiaux ou sociaux d'une particulière intensité sur le territoire français. Par ailleurs, il n'établit ni n'allègue aucune intégration socio-professionnelle. S'il fait valoir que les autorités de son pays ne le reconnaissent pas comme leur ressortissant, du fait d'une déchéance de sa nationalité, sa demande d'apatridie a néanmoins été rejetée par une décision du 29 août 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides alors au demeurant qu'il déclare être retourné dans son pays d'origine en 2012. En tout état de cause, cette circonstance n'est pas de nature à établir qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, et alors que M. A ne conteste pas son entrée irrégulière sur le territoire et l'absence de démarche en vue de régulariser son séjour, c'est sans méconnaitre les stipulations précitées ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu prendre la décision en litige.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Eu égard à ce qui précède, M. A ne peut se prévaloir de l'irrégularité de la mesure d'éloignement pour faire valoir celle, par conséquence, de la décision d'interdiction de retour.
11. Si M. A souligne qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet a effectivement écarté cette circonstance. En revanche, malgré l'ancienneté alléguée du séjour en France du requérant, au demeurant non établie, il résulte des éléments développés au point 7 du présent jugement qu'il ne fait pas état d'attaches familiales, personnelles ou professionnelles en France alors que les membres de sa famille résident tous en dehors du territoire. Dans ces circonstances et alors surtout que M. A a fait l'objet de six précédentes mesures d'éloignement, le prononcé d'une interdiction de retour d'une durée de cinq ans n'apparait pas entachée d'une erreur d'appréciation de la situation de M. A.
12. Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision d'interdiction de retour doivent donc être rejetées.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans et fixant le pays de destination. Le rejet des conclusions à fin d'annulation du requérant implique, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. D A, au préfet de l'Hérault et à Me Serrano.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
La magistrate désignée,
A. Lesimple
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 8 mars 2024.
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026