jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401336 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CHNINIF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. A B, représenté par
Me Chninif, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales en date du 3 mars 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour d'une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence faute de délégation de signature ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa situation au regard de l'accord franco-algérien ;
- le préfet a commis une erreur de fait en estimant qu'il ne justifiait pas de revenus licites ni d'une intégration particulière ;
- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est irrégulière car il a des garanties de représentation ;
- la décision d'interdiction de retour est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité de la mesure d'éloignement et parce que le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères imposés par les textes ;
- la décision d'assignation est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité des décisions qui en constituent la base légale ;
- la décision d'assignation est irrégulière, porte une atteinte disproportionnée à ses droits et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il réside et travaille à Paris.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1984, déclare, sans l'établir, être entré en France en avril 2020. Par arrêté du 3 mars 2024 le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an et d'une assignation à résidence d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Yohann Marcon. Par un arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement publié le 19 décembre 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, aux fins de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception des réquisitions de la force armée et des arrêtés portant élévation de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet a précisé les circonstances de droit et de faits qui fondent le sens de ses décisions permettant au requérant d'utilement les contester. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de l'arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
4. En premier lieu, le requérant, qui n'a présenté aucune demande à cet effet, ne saurait contester l'illégalité d'une décision de refus de titre de séjour, l'arrêté attaqué se bornant à prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre par suite de l'irrégularité de sa situation sur le territoire français. Il est toutefois fondé, pour contester la légalité de cette obligation, à se prévaloir des dispositions législatives ou des stipulations d'un accord international qui prescriraient qu'il doive se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.
5. Néanmoins, en se bornant à faire état de ce que l'accord franco-algérien ci-dessus visé régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, le requérant n'établit pas qu'il pourrait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour ni que la décision d'éloignement prise à son encontre serait irrégulière.
6. En deuxième lieu, si M. B soutient être entré en France en 2020 et y résider continuellement depuis lors, il ne l'établit nullement puisque les seules pièces versées au débat sont datées, au plus tôt, de septembre 2023. De la même manière, s'il fait état de l'exercice régulier d'une activité sous contrat à durée indéterminée et produit à cet effet un contrat de travail en qualité d'opérateur effectivement signé le 28 septembre 2023, il n'établit pas que cette profession serait légalement exercée sous couvert d'une autorisation de travail préalable. Dès lors, le requérant ne démontre pas que le préfet aurait commis une erreur de fait en relevant qu'il ne disposait pas de revenu licite ou d'une intégration socio-professionnelle.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
8. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. C est célibataire, sans enfant à charge, et n'établit pas l'ancienneté de son séjour ou son intégration sur le territoire français au vu notamment du caractère récent de son activité professionnelle et alors qu'il est domicilié à l'hôtel. Alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine où réside sa mère et où il n'est donc pas isolé, il n'établit pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors, c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu prononcer à son encontre une décision d'éloignement.
10. Enfin, alors que le requérant ne conteste pas son entrée irrégulière sur le territoire français et l'absence de démarches administratives afin de régulariser son séjour, il résulte des éléments de sa situation personnelle ci-dessus développés que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions citées au point 7 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
12. Si le requérant fait valoir qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes au sens des dispositions précitées, il ne l'établit pas en se bornant à produire une attestation de domiciliation dans un hôtel. En tout état de cause, il ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et ne pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et
L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. M. B n'établit pas l'irrégularité de la mesure d'éloignement et ne peut donc se prévaloir de celle-ci au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation, par voie de conséquence, de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
15. Alors qu'il n'y avait pas lieu de faire état d'une précédente mesure d'éloignement ou d'une menace à l'ordre public, circonstances non retenues à l'égard de M. B, il ressort de la décision en litige que le préfet a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an après avoir apprécié la situation personnelle de l'intéressé au regard des critères fixés par les dispositions précitées. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
16. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
17. M. B n'établit pas l'irrégularité de la mesure d'éloignement sans délai assortie d'une interdiction de retour d'un an et ne peut donc se prévaloir de celle-ci au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation, par voie de conséquence, de la décision d'assignation.
18. Bien que le requérant justifie d'une activité professionnelle exercée depuis peu en région parisienne, il n'établit pas la régularité de son exercice ni un ancrage en dehors de la commune de Perpignan, lieu où il a été assigné. Le moyen du requérant, tiré de l'irrégularité de la mesure d'assignation à résidence eu égard à l'atteinte disproportionnée qu'elle porte à ses droits ainsi qu'à l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet, doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales pris le 3 mars 2024 à son encontre doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 mai 2024.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026