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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401388

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401388

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2024, Mme D B, représentée par Me E, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 novembre 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trois mois ;

2) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

Elle soutient que :

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- ils méconnaissent les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 612-10 du code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Badji-Ouali, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante albanaise née le 23 décembre 1983, déclare être entrée sur le territoire français le 31 mars 2018. La demande d'asile qu'elle a présentée le 16 octobre 2019 a fait l'objet d'un rejet par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 décembre 2019 et par la cour nationale du droit d'asile le 4 décembre 2020. Mariée depuis le 23 août 2001 avec un compatriote de même nationalité avec lequel elle a eu un enfant né le 23 août 2005 en Italie, elle a sollicité du préfet de l'Hérault, le 2 octobre 2023, la délivrance d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale en France. Par la requête susvisée, elle demande l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 novembre 2023 qui lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et prononce une interdiction de retour de trois mois.

Sur le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. Le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français énoncent les considérations de fait et de droit qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme B soutient que les liens personnels et familiaux dont elle dispose en France sont prépondérants par rapport à ceux établis dans son pays d'origine. Elle se prévaut des missions de bénévolat qu'elle effectue auprès de diverses associations et de la scolarisation de son fils en licence 1 " gestion " à l'université de Montpellier pour l'année universitaire 2023/2024. Toutefois, la demande d'asile qu'elle a présentée a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 décembre 2020 et l'intéressée s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français depuis lors. Mme B est mariée à un compatriote en situation irrégulière sur le territoire français avec lequel elle a constitué sa cellule familiale en Albanie où elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales puisqu'y résident sa mère et son frère. Si l'intéressée indique déclarer et payer ses impôts, il ressort des avis d'imposition 2020, 2021, 2022, 2023 produits à l'instance, qu'elle est dépourvue de revenus et elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle. En outre, son fils A est majeur et autonome. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. Mme B se prévaut, sans le démontrer, de sa présence en France depuis le 7 avril 2018, soit moins de six années à la date de la décision attaquée, elle est mariée à un compatriote en situation irrégulière sur le territoire français et si leur fils A est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, il est désormais majeur. La requérante dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine et aucune des pièces produites au dossier, notamment celles relatives au suivi de cours de français et à des missions de bénévolat auprès d'associations, ne démontre une quelconque intégration professionnelle. Il s'ensuit que Mme B ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de régularisation, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour être admise au séjour sur le fondement de cet article.

Sur l'interdiction de retour de trois mois :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. En premier lieu, eu égard aux motifs du présent jugement exposés aux points 2 à 7, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité du refus de séjour opposé à Mme B et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté

10. En second lieu, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à trois mois, le préfet de l'Hérault a examiné la situation de la requérante au regard des dispositions précitées, lesquelles sont visées dans la décision contestée. Le préfet a relevé que l'intéressée ne justifiait pas de circonstances humanitaires et indiqué qu'après avoir procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme B, au vu de l'ensemble des déclarations de l'intéressée et des éléments produits, et avoir constaté que le rejet de sa demande d'admission au séjour, en l'absence d'obstacle à ce qu'elle quitte le territoire français, justifiait l'obligation de quitter le territoire, qu'il pouvait, en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour. Ce faisant, l'arrêté énonce les considérations de fait et de droit qui fondent l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de Mme B. La durée de sa présence en France y a nécessairement été examinée par la mention que la requérante a déclaré être entrée sur le territoire français le 31 mars 2018 sans toutefois le prouver et l'arrêté fait état des liens familiaux dont elle dispose sur le territoire en indiquant qu'elle est mariée depuis le 23 août 2001 avec M. B C, né le 25 janvier 1975, de nationalité albanaise, en situation irrégulière sur le territoire français, et que de cette union est né A le 23 août 2005, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

12. D'autre part, le préfet a pris en compte la date déclarée par Mme B de son arrivée en France, de sa situation familiale, du rejet de sa demande d'asile, des attaches dont elle dispose dans son pays d'origine où elle ne démontre pas être dans l'impossibilité de se retourner pour décider de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre et, compte tenu de la situation de la requérante, telle que rappelée aux points précédents, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre, la durée de trois mois de cette interdiction de retour ne saurait être regardée comme étant disproportionnée.

13. Il résulte de tout ce qu'il précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 3 novembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D B, au préfet de l'Hérault et à Mme E.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 mai 2024

La greffière,

C. Arce

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