mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | VICTOR TELES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 19 mars 2024, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Sète, représenté par Me Teles, demande au tribunal :
1°) avant-dire droit que son dossier soit mis à disposition par la préfecture ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'une année ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté :
- il a été signé par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de la circonstance qu'il était arrivé nourrisson en France ;
- il peut bénéficier d'une carte de séjour " vie privée et familiale " de plein droit au regard de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute pour son comportement de constituer une menace à l'ordre public et au regard de l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français ;
- elle est disproportionnée dans sa durée.
Par un mémoire enregistré le 26 mars 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bayada, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada,
- les observations de Me Teles représentant M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre qu'il existe un doute sur la nationalité de M. B, qui doit être considéré comme apatride, de sorte que son éloignement ne pourra être mis à exécution
- les observations de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant serbe né le 29 mai 2005 demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'une année.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de l'entier dossier :
3. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour la préfète de Vaucluse, par Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture de Vaucluse. Or, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le 4 mars suivant, au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Vaucluse a donné délégation à Mme C, à l'effet de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent son fondement et notamment cite les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de la situation administrative et personnelle de M. B. Alors que le préfet n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé, mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, le préfet a suffisamment justifié du sens de sa décision au regard de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Vaucluse, qui a visé dans l'arrêté les déclarations de M. B mentionnant sa présence en France depuis l'enfance, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre l'arrêté contesté.
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public. ().
8. M. B, qui soutient être entré en France alors qu'il était nourrisson ne justifie toutefois ni de sa date d'entrée ni d'une entrée régulière en France. Par ailleurs, le requérant a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel d'Avignon à une peine d'emprisonnement de six mois le 6 novembre 2023 pour des faits de vol aggravé et a été incarcéré au centre pénitentiaire d'Avignon-le-Pontet, faits dont il ne conteste pas la matérialité. Par ailleurs, le préfet de Vaucluse fait valoir, sans être contredit, qu'une autre procédure pénale est en cours pour d'autres faits. Compte tenu de ces faits et de leur nature, le comportement du requérant doit être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la situation de M. B entrait dans le champ d'application des 1° et 5° de l'article L. 611-1 précité.
9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à la vérification du droit au séjour du requérant au regard de sa date de naissance et nationalité déclarées par M. B ni tenu compte de ses conditions de séjour en France avant de prononcer la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, le requérant qui indique être arrivé en France alors qu'il était âgé de quelques jours et avoir été recueilli par sa grand-mère, soutient qu'il ne peut être éloigné et reconduit en Serbie, dès lors qu'il ignore sa nationalité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a reconnu être ressortissant serbe tant devant le tribunal correctionnel d'Avignon que devant le juge de la liberté et de la détention, après avoir été placé en centre de rétention. Alors que le statut d'apatride ne se présume pas, le requérant n'apporte aucun élément établissant qu'il n'est pas reconnu par un Etat comme ressortissant en application de sa législation. A cet égard, demeure sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement la circonstance que l'autorité préfectorale ne pourrait exécuter cette décision ne serait pas ne mesure de procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Vaucluse ne pouvait légalement décider de son éloignement doit être écarté.
11. En quatrième lieu, M. B soutient qu'il est arrivé en France à l'âge de dix jours après le décès de ses parents qu'il a toujours vécu avec sa grand-mère, installée sur une aire de voyage à Marseille. Toutefois, il ne produit aucune pièce démontrant qu'il justifie, à la date de la décision attaquée d'une résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans avec l'un de ses parents au sens des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait, en tout état de cause, obstacle à la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il n'est pas établi qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. Le requérant qui, ainsi qu'il a été dit, n'établit pas résider sur le territoire français depuis qu'il a été confié selon ses allégations à l'âge de dix jours, à sa grand-mère, est célibataire, sans enfants et l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine tandis qu'il n'établit pas avoir tissé des liens personnels et familiaux sur le territoire national. Ainsi, compte tenu des conditions de son séjour en France, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an :
14. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". En vertu de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 dispose que : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
15. La décision contestée vise les dispositions de l'article L. 251-4 précité et indique avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé, notamment la menace à l'ordre public et la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Ainsi, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation.
16. Contrairement à ce que fait valoir le requérant il ressort de la décision en litige que le préfet a bien pris en compte l'ensemble des critères précités pour fonder l'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. Si le requérant fait valoir le caractère isolé des faits pour lesquels il a été condamné, ce moyen doit être écarté eu égard aux éléments développés au point 8 de la présente décision. Par ailleurs, eu égard aux conditions de séjour du requérant sur le territoire, à l'absence d'intégration sociale ou professionnelle établie alors qu'il ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour plusieurs infractions et nonobstant la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant une interdiction de circulation d'une durée de trois ans.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision d'interdiction de retour doivent être rejetées.
18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024, par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Vaucluse et à Me Télès.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.
La magistrate désignée,
A. Bayada
La greffière,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier le 27 mars 2024.
Le greffier,
D. Martinier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026