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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401813

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401813

jeudi 23 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantHENNANI NORDDIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de Mme A... contestant le refus du préfet de l’Hérault d’autoriser le regroupement familial pour son époux. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence et de défaut de motivation, et a jugé que le préfet n’avait pas commis d’erreur de droit ni d’erreur d’appréciation en se fondant sur l’insuffisance des revenus de la requérante, ceux-ci étant inférieurs au seuil requis par l’article R. 434-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La décision a également été considérée comme ne méconnaissant pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, Mme C... A..., représentée par Me Hennani, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande de regroupement familial déposée en faveur de son époux ;

2°) d’enjoindre au préfet de l’Hérault d’autoriser le regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision :
a été prise par une autorité incompétente ;
est insuffisamment motivée ;
est entachée d’une erreur de droit en ce que le préfet s’est estimé en compétence liée ;
est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. B... a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

Mme A..., née le 10 septembre 1971 et de nationalité marocaine, est titulaire d’une carte de résident valable du 19 septembre 2017 au 18 septembre 2027. Mme A... a déposé le 6 avril 2023 une demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. G... H.... Par une décision du 29 janvier 2024, le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande.

En premier lieu, par un arrêté n° 2023-02-60 du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 25 du même jour, le préfet de l’Hérault a accordé à Mme F... E..., directrice des migrations et de l’intégration, une délégation de signature « pour les matières relevant des attributions du ministère de l’intérieur (…) », parmi lesquelles figurent la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de faits qui fondent le refus de regroupement familial en litige, en particulier la circonstance que les revenus de Mme A... sont insuffisants. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont applicables aux demandes de regroupement familial présentées par les ressortissants algériens : « Pour l'application du 1° de l'article L. 434- 7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que la situation de Mme A... qui demande le regroupement familial pour son époux, correspond à une famille de quatre personnes, compte tenu de la présence des deux enfants de Mme A.... Or, il ressort des pièces du dossier que l’intéressée travaille à temps plein (151,67 heures) et que tous ses bulletins de paie depuis avril 2022 mentionnent un taux salarial de rémunération correspond strictement au SMIC horaire lequel, variable, est rappelé en marge sur chaque fiche de paie, passant de 10,57 euros en avril 2022 à 11,38 euros en mars 2023. Dans ces conditions, les revenus de Mme A... étaient nécessairement équivalents au salaire minimum de croissance depuis un an avant le dépôt de sa demande de regroupement familial, et donc inférieurs à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance majorée d’un dixième. Par ailleurs, Mme A... a continué à travailler à temps plein jusqu’en janvier 2024, date de la décision attaquée, sans augmentation de son salaire au-delà du SMIC. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Hérault se serait senti en compétence liée pour refuser la demande de Mme A.... Par suite le moyen tiré de ce que le préfet de l’Hérault a fait une inexacte application des dispositions précitées et le moyen tiré de l’erreur de droit doivent être écartés.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Pour l’application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

Il ne ressort pas des pièces du dossier que l’époux de Mme A... serait le père de ses deux enfants nés en 2006 et 2010. Par ailleurs, il est constant que le mariage de Mme A... et son époux a été célébré à Montpellier le 6 mars 2021 alors que ce dernier se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français depuis juin 2020. L’époux de Mme A... a ensuite fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le 11 juin 2021. Dans ces conditions, le préfet de l’Hérault n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n’a dès lors pas méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C... A..., à Me Hennani et au préfet de l’Hérault.


Délibéré après l'audience du 9 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2025.


Le rapporteur,

N. B...

La présidente,
F. Corneloup


La greffière,


M. D...


La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier le 23 octobre 2025,

La greffière,



M. D....

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