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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401849

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401849

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Aude a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Brulé, représentant Mme C.

Un mémoire présenté par le préfet de l'Aude a été enregistré le 21 mai 2024 postérieurement à la tenue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née le 6 août 1992 en Arménie, de nationalité russe, déclare être entrée en France le 20 novembre 2017 en compagnie de son époux et de sa fille B. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 9 septembre 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par un arrêt du 30 décembre 2020 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La demande de réexamen qu'elle a présentée le 29 janvier 2021 a été rejetée pour irrecevabilité, décision confirmée par la CNDA le 2 novembre 2022. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 5 mars 2021, mesure notifiée le 10 mars 2021 et non exécutée. Le 1er décembre 2022, elle a sollicité du préfet de l'Aude la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale et son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 octobre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Aude et par délégation, par Mme Lucie Roesch, secrétaire générale de la préfecture, qui a reçu délégation par un arrêté n° DPPPAT-BCI-2023-069 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, accessible tant au juge qu'aux parties, à l'effet de signer, notamment, tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. L'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Le préfet a notamment rappelé les conditions d'entrée et de séjour de la requérante en France ainsi que sa situation personnelle et familiale, mariée et mère de deux enfants. Il précise que son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et que rien ne s'oppose à la reconstitution de leur cellule familiale en Russie avec leurs deux enfants qui seront en mesure d'y poursuivre leur scolarité et ajoute que la requérante ne joint à sa demande aucun élément concernant une insertion personnelle ou professionnelle particulière sur le territoire. La circonstance qu'elle ne précise pas les conséquences de son éloignement sur la situation de ses enfants est sans incidence sur la légalité de cette décision. Ainsi et contrairement à ce qui soutenu, l'arrêté attaqué est suffisamment, motivé tant en droit qu'en fait.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme C déclare être entrée en France avec son époux et leur fille B, née le 9 octobre 2014 en Russie, sans toutefois le démontrer. Elle est mère d'un second enfant né à Carcassonne le 4 novembre 2018. Elle se prévaut de la durée de son séjour en France, de la scolarisation de ses deux enfants et des efforts d'intégration entrepris par la famille. Toutefois, si l'intéressée établit vivre avec son époux, compatriote, il n'est pas contesté que ce dernier fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Pour louables que soient ses efforts d'intégration, Mme C ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français, non plus que son époux tous deux bénéficiant du dispositif d'hébergement d'urgence de Carcassonne. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les jeunes enfants du couple ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Russie. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme C se reconstitue dans son pays d'origine avec son époux et ses deux enfants où elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour ne saurait être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point qui précède doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. La décision contestée ne méconnaît pas l'intérêt supérieur des deux enfants de Mme C nés en 2014 et 2018 et de nationalité russe, dès lors que, ainsi qu'il vient d'être dit au point 5, le refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de l'un de leurs parents ou d'interrompre leur scolarité. Il s'ensuit que la décision litigieuse ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

9. Ces dispositions laissent, de façon générale, un délai de trente jours pour le départ volontaire de l'étranger qui fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Un tel délai est égal à la durée de trente jours fixée par l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 visée ci-dessus comme limite supérieure du délai devant être laissé pour un départ volontaire. Le préfet de l'Aude a octroyé à Mme C le délai de départ volontaire de trente jours prévu par les dispositions précitées. Si la requérante soutient que la décision en litige intervient en plein milieu d'année scolaire alors que ses enfants sont respectivement scolarisés en classe de CM1 pour l'aînée et de grande section de maternelle pour le cadet, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui ne bénéficie d'aucun droit au séjour en France, aurait expressément demandé le bénéfice d'une prolongation du délai de départ volontaire à ce titre. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation sur ce point.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation de la requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de séjour ou de réexamen ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à A C, au préfet de l'Aude et Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

M. Rousseau

La greffière,

L. Rocher

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juin 2024.

La greffière,

L. Rocher

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