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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401890

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401890

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars et 3 mai 2024, Mme D A B, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) subsidiairement d'ordonner le réexamen de sa demande dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à payer une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, la notification n'étant pas régulière faute de mention de la date de l'avis de passage sur la liasse produite par le préfet ;

- le préfet a commis une erreur de droit en fondant son refus sur l'absence de production d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes prévues par l'article 3 de l'accord franco- marocain ;

- le préfet s'est estimé à tort tenu de refuser le titre de séjour en qualité de salarié pour défaut de visa long séjour et n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation au regard de sa demande de régularisation ;

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le délai de départ d'un mois est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa fille passe le bac de français dans quelques semaines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable compte tenu de sa tardiveté ;

-les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C, rappporteure,

- les observations de Me Ruffel, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 17 février 1977 et de nationalité marocaine, déclare être entrée sur le territoire français le 25 septembre 2019. Elle a sollicité le 4 septembre 2023 la régularisation de sa situation. Par un arrêté du 19 octobre 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme A B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 5221-14 du code du travail : " Peut faire l'objet de la demande prévue au I de l'article R. 5221-1 l'étranger résidant hors du territoire national ou l'étranger résidant en France et titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3. ". L'article R. 5221- 15 du même code dispose que " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence. ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme A B un titre de séjour salarié, le préfet s'est fondé sur le fait que, si elle présente un contrat de travail à durée indéterminée à compter du 12 juin 2023 en qualité d'emploi familial chez un particulier à Béziers, elle ne produit pas le contrat de travail visé par les autorités compétentes prévu par l'article 3 de l'accord franco-marocain. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'employeur de Mme A B, aurait déposé dans le respect des conditions prévues par les articles cités au point précédent une demande d'autorisation de travail, ni en tout état de cause que Mme A B, laquelle au demeurant ne réside pas en France en étant titulaire d'un titre de séjour prévu à l'article R. 5221-3 du code du travail comme le prévoit l'article R. 5221-14 du code du travail , aurait produit le contrat de travail visé exigé par l'accord franco marocain, qui constitue l'autorisation de travail prévue par les autres dispositions citées au point 2. Dans ces conditions, le motif du refus du préfet n'est pas entaché d'une erreur de droit. Ce moyen doit donc être écarté.

4. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titre de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. Contrairement à ce que soutient la requérante, si le préfet de l'Hérault a mentionné qu'elle n'était pas en possession d'un visa de long séjour, il ne s'est pas cru lié par ce constat et a, dans le cadre de son pouvoir de régularisation et ainsi qu'il ressort de la motivation de son arrêté, examiné l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, familiale et professionnelle, dont il a déduit qu'elle ne pouvait être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Par suite, le moyen invoqué tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa demande doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme A B se prévaut de la durée de son séjour, de la présence de sa fille, scolarisée depuis 2019, des violences conjugales dont elle a été victime et des liens entretenus avec sa famille présente en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A B, divorcée depuis 2012, dont les deux premiers enfants, majeurs, résident au Maroc, ainsi que le père de sa fille et de nombreux membres de sa fratrie, n'est entrée en France qu'à l'âge de 42 ans. Si elle établit la scolarité de sa fille, en classe de 1ère à la date de l'arrêté contesté, et depuis son arrivée en 2019, elle ne justifie exercer une activité professionnelle à temps partiel que depuis quelques mois et n'apporte pas d'éléments de nature à établir une particulière intégration. Si elle se prévaut de la présence en France de trois frère et sœurs et de leur famille, elle n'est pas isolée au Maroc où vivent, outre ses deux premiers enfants, son père et cinq autres membres de sa fratrie. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, et même si sa fille est scolarisée depuis 4 ans et qu'elle-même a porté plainte et est accompagnée à la suite de violences subies de la part d'un compagnon de nationalité française, le préfet n'a pas, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus et aux buts poursuivis par la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant les décisions contestées.

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". La circonstance que la fille de la requérante, scolarisée en classe de 1ère, devait passer, en fin d'année scolaire, les épreuves du bac de français, n'est pas de nature à établir qu'en décidant, le 19 octobre 2023, d'assortir son obligation de quitter le territoire français du délai de droit commun de trente jours, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2023 présentées par Mme A B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D A B, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure

M. C La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 juin 2024.

La greffière,

A. Junon

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