jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, M. B C, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- sont entachées d'un défaut d'examen particulier ;
- méconnaissent l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
* la décision portant absence de délai de départ volontaire :
- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
* la décision fixant le pays de destination :
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et absence de délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Mazas, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 12 février 1993 et de nationalité marocaine, déclare être entré sur le territoire français en 2005. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du Département des Alpes Maritimes, puis de l'Hérault à compter du 17 juin 2008. Il a bénéficié d'un titre de séjour vie privée et familiale le 31 octobre 2012, renouvelé jusqu'au 4 juin 2015. Il a de nouveau bénéficié d'un tel titre de séjour à compter du 13 mars 2017, puis dernièrement d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 10 mars 2019 au 9 mars 2023. Il a sollicité le 4 avril 2023 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, et précisent la situation administrative et le parcours du requérant. Par ailleurs, la seule circonstance que l'arrêté concernant M. C ne mentionne pas qu'il ait été déclaré irresponsable des faits de destruction du piano de la gare ferroviaire de Montpellier le 13 décembre 2023, puis hospitalisé d'office eu égard à son état psychiatrique en février 2024 n'est pas de nature à établir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen particulier doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la demande de titre de séjour, que M. C n'a pas demandé de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par suite, le préfet de l'Hérault n'était pas tenu de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, quand bien même il aurait été informé de l'hospitalisation d'office du requérant. Par ailleurs, à la date de la décision attaquée, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur depuis le 28 janvier 2024, n'interdit le prononcé d'obligation de quitter le territoire français qu'envers l'étranger mineur. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pour absence de saisine du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut qu'être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE" ".
7. Lorsque l'administration oppose à un étranger, sur le fondement de l'article L. 412-5 précité, le motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de renouvellement du titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 8 septembre 2011 par le tribunal correctionnel de Montpellier à un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol, le 3 octobre 2014 à 250 euros d'amende pour détention de stupéfiants, le 9 octobre 2014 à quatre mois d'emprisonnement pour détention de stupéfiant, le 5 novembre 2014 à 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants, le 3 juin 2015 à huit mois d'emprisonnement pour vol dans un local d'habitation en récidive, les 28 septembre 2015 et 6 juillet 2016 à des peines d'amende pour usage de stupéfiants, le 5 décembre 2016 à une peine d'amende pour voyage habituel sans titre de transport, le 23 février 2018 à une amende pénale pour vol et le 27 janvier 2022 à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans pour détention de stupéfiants avec obligation de se soumettre à des mesures d'examens, de contrôle, de traitement et de soins. Ces seuls faits caractérisent la menace à l'ordre public retenue par le préfet de l'Hérault pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, quand bien même ce dernier a été considéré pénalement irresponsable, en raison de son état psychiatrique, des faits d'incendie volontaire du piano de la gare ferroviaire de Montpellier le 10 décembre 2023 ayant conduit à son interpellation. Par ailleurs, eu égard à leur proximité temporelle, il y a également lieu de considérer que les faits de menaces de mort, proférées le 7 décembre 2023, sont associés à l'état psychiatrique de l'intéressé relevé par l'expertise psychiatrique réalisé dans le cadre de la procédure pénale et ne sauraient être retenus par le préfet de l'Hérault dans son appréciation, comme il l'a fait dans la décision en litige. Toutefois, eu égard aux dix condamnations pénales entre 2011 et 2022, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que lesdits faits caractérisent une menace à l'ordre public.
9. En quatrième lieu, si M. C a bénéficié d'un placement à l'aide sociale à l'enfance depuis son entrée sur le territoire français à l'âge de 12 ans, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé ne présente aucune intégration particulière sociale ou professionnelle depuis lors malgré la délivrance de titres de séjour entre 2012 et 2015, puis entre 2017 et 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle doit être écarté.
10. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. C représente une menace à l'ordre public qui permettait au préfet de l'Hérault de ne pas accorder de délai de départ volontaire sur le fondement du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même l'intéressé a été hospitalisé d'office à compter du 12 février 2024. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions de cet article doit être écarté.
11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Maroc, et l'intéressé ne soutient pas, ni même n'allègue que les soins psychiatriques dont il aurait besoin ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme doit être écarté.
12. En dernier lieu, en l'absence d'illégalités relevées à l'encontre des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait elle-même illégale par voie de conséquence doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B C, à Me Mazas et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
N. A
La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 6 juin 2024.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026