vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2401904 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHNINIF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2024, M. B A, représenté par Me Chninif, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans, à titre subsidiaire de réexaminer sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente,
- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration,
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance des articles L. 412-10 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreurs de fait quant à la date de demande de renouvellement de son certificat de résidence,
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit en ne se fondant pas sur l'accord franco-algérien et en estimant qu'il s'agit d'une première demande et non d'un renouvellement,
- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation,
- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement et est entaché d'une erreur de droit et est disproportionnée,
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,
- et les observations de M. A.
Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 29 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 22 février 1992, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. M., secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et décrit avec suffisamment de précision la situation du requérant quant à son droit au séjour en France. Contrairement à ce que le requérant soutient, le préfet des Pyrénées-Orientales a bien visé l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dans ses visas et a précisé que si la situation des ressortissants algériens est en principe régie de manière complète par cet accord, aucune stipulation de cet accord ne prive l'administration française d'opposer un motif tiré de l'existence d'une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ". Aux termes de l'article L. 412-10 du même code : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. Cette décision ne peut être prise si l'étranger bénéficie des articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-13 ou L. 611-3. La décision de refus de renouvellement ou de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
5. D'une part, si M. A disposait un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'au 8 juillet 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a déposé sa demande de renouvellement que le 7 août 2023 alors qu'il découle notamment des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger doit solliciter le renouvellement de son titre de séjour au moins deux mois avant son expiration. Par suite, c'est sans commettre une erreur de fait ou une erreur de droit que le préfet des Pyrénées-Orientales a considéré qu'il était saisi d'une première demande de certificat de résidence. D'autre part, il découle de ce qui précède que le requérant ne pouvant être regardé comme ayant exercé son droit au renouvellement de son certificat de résidence en application de l'article L. 412-10 du code précité, le préfet n'était pas tenu de saisie préalablement à sa décision la commission du titre de séjour en application du 5° de l'article L. 432-13 du même code, ou d'une autre hypothèse énumérée dans cet article.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 18 janvier 2002, à l'âge de dix ans, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Il a obtenu un document de circulation d'étranger mineur jusqu'au 21 février 2011 puis s'est vu délivrer un certificat de résidence de dix ans, valable du 9 juillet 2013 au 8 juillet 2023. Il n'est pas contesté que l'ensemble de sa famille, parents et frères et sœurs, résident régulièrement en France. Toutefois, depuis sa majorité, le requérant a été condamné à plusieurs reprises pour des délits tenant à des vols, recels, actes de violence ou de rébellion, trafic, conduite sans permis ayant donné lieu à une vingtaine de condamnations pénales entre 2010 et 2021, et il est toujours défavorablement connu par la police, justifiant le motif de menace à l'ordre public opposé par le préfet des Pyrénées-Orientales. Si M. A fait également valoir qu'il est marié avec une ressortissante espagnole, il n'apporte aucun élément à l'appui de telles allégations et doit donc être regardé comme célibataire et sans charge de famille. Il n'établit pas être dénué de tout lien familial en Algérie. Enfin, il ne produit aucun élément relatif à son intégration alors qu'il a été incarcéré à de nombreuses reprises depuis 2010 pour une durée globale de plus de cinq ans. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Orientales a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision et ainsi a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention précitée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention précitée doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L.612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Dès lors que les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales, le requérant ne peut utilement les invoquer par voie d'exception au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Eu égard aux éléments de la situation personnelle de M. A indiqués au point 7, notamment au regard de la menace à l'ordre public qu'il représente, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
10. Il découle de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et l'a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de trois ans doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pastor, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le président-rapporteur,
J-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,
I. Pastor
La greffière,
E. Tournier
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 juin 2024.
La greffière,
E. Tournier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026