lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402020 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CHNINIF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, M. A B, représenté par Me Chninif, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou à défaut une carte de séjour pluriannuelle, et à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article 311-4- 1° et 4° du code pénal ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait, son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viallet, rapporteure, et les observations de M. B ont été entendus au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 22 mai 1999 est entré en France le 31 octobre 2002, alors âgé de trois ans, hors procédure du regroupement familial. Il s'est vu délivrer des documents de circulation pour mineur du 5 septembre 2006 au 28 août 2016, puis a bénéficié d'une première carte de séjour temporaire d'un an, portant la mention " vie privée et familiale " valable du 26 juillet 2018 au 15 juillet 2019, suivie d'une carte de séjour pluriannuelle du 26 juillet 2019 au 25 juillet 2023. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Yohann Marcon. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le 5 mars 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, la décision attaquée, non stéréotypée, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, à sa situation personnelle, familiale, professionnelle et judiciaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ". Et aux termes de l'article L. 412.10 de ce code : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". Et aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B, le préfet ne s'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur celles de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 432-1 de ce code. Dès lors, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour pour avis et le moyen doit par suite être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1-1 de ce code : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; 3° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues () au 7° de l'article 311-4 () du même code ; ". Enfin, aux termes de l'article 311-4 du code pénal : " Le vol est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende : () 7° Lorsqu'il est commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs ou dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs ; ".
8. Il est constant que la décision contestée a été prise à la fois sur le fondement des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point 5, ainsi que sur le fondement du 3° l'article L. 432-1-1 de ce code. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a relevé que M. B, sous le coup du régime de " semi-liberté " à la date de sa demande de renouvellement de titre de séjour le 24 juillet 2023, a été condamné le 18 mai 2022 par le tribunal correctionnel de Perpignan à quatre ans d'emprisonnement, dont deux ans avec sursis, pour des faits de " vol aggravé par deux circonstances ", commis par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice, avec violence sur autrui n'ayant pas entraîné une incapacité. Le préfet souligne également dans son arrêté que M. B a fait l'objet d'une ordonnance pénale émise le 20 mars 2023 portant sur une suspension du permis de conduire pendant 6 mois et obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Dans ces conditions, la présence en France de M. B devant être regardée comme constitutive d'une menace pour l'ordre public, le préfet pouvait fonder sa décision sur les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, comme le fait valoir le requérant et ainsi que l'admet le préfet en défense, ce dernier ne pouvait pas faire application du 3° de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les fais de vol n'ont pas été commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs ou dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur les dispositions précitées des articles L. 412-5 et L. 432-1 de ce code. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. B, entré sur le territoire en 2002 à l'âge de trois ans, se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de la présence sur le territoire de ses parents et de son frère, sa mère biologique l'ayant, selon ses déclarations, abandonné à la naissance. Il souligne qu'il fait preuve d'une volonté d'intégration par le travail et produit à cet effet des bulletins de paie couvrant les mois d'avril, mai, septembre à novembre 2019 en qualité d'ouvrier agricole et de septembre 2023 à février 2024 en qualité d'agent d'exploitation. Si l'intéressé, célibataire et sans enfant, soutient qu'il vit en concubinage avec une ressortissante espagnole et qu'un dossier de mariage est déposé en mairie, il ne produit aucune pièce susceptible de l'établir, et il n'est pas démontré que cette relation ne pourrait pas se poursuivre hors de France. Dans ces conditions, en dépit de l'ancienneté de son séjour sur le territoire, ces éléments à eux seuls ne démontrent pas que l'intéressé aurait tissé en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulières, ni qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, ce alors qu'il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine et que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public ainsi qu'il a été exposé. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et le moyen doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, () ".
13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en prenant la décision attaquée faisant obligation à M. B de quitter le territoire français. Par suite ces moyens doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 12 mars 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 18 juin 2024.
Le greffier,
F. Balickifb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026