jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Manya, demande au tribunal :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision 48 SI en date du 9 février 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de validité de son permis de conduire, ainsi que l'exécution des décisions de retrait de points afférentes aux infractions des 4 février et 9 juillet 2023 et 19 avril 2005 ;
2°) d'enjoindre à titre principal, au ministre de l'intérieur, de lui restituer provisoirement son permis de conduire d'un solde reconstitué de 12 points, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut et sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, lui enjoindre de restituer provisoirement un permis de conduire d'un solde reconstitué de 3 points ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que l'exécution de la décision d'invalidation du permis de conduire contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation professionnelle dans la mesure où le permis de conduire lui est indispensable pour se rendre quotidiennement sur son lieu de travail, situé à une distance de 20 minutes en voiture de son domicile mais d'une heure trente minutes en transports en commun et dont l'utilisation ne lui permettrait pas de respecter ses horaires de travail ; elle ne dispose pas des capacités financières pour acheter ou louer un véhicule ne nécessitant pas de permis de conduire ; elle ne peut véhiculer son fils au collège, ce dernier devant désormais emprunter des routes étroites rendant dangereuse la circulation piétonne ou cycliste ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été méconnues dès lors qu'elle n'a pas été informée lors de la constatation des infractions commises les 4 février et 9 juillet 2023 et 19 avril 2005 de la perte de points et du nombre de points retirés, de l'existence d'un traitement automatisé des pertes et reconstitutions de points, de la possibilité d'avoir accès aux informations le concernant et que le paiement de l'amende forfaitaire vaut reconnaissance de la réalité de l'infraction et entraîne la perte de points y afférent ; elle n'a pas été notifiée de l'effectivité des décisions de retraits de points successifs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision 48 SI en date du 9 février 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de validité de son permis de conduire, ainsi que l'exécution des décisions de retrait de points afférentes aux infractions des 4 février et 9 juillet 2023 et 19 avril 2005.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes enfin de l'article L 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Mme A, pour démontrer l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité de son titre et les décisions portant retrait de points, soutient que son permis de conduire lui est indispensable pour se rendre quotidiennement sur son lieu de travail, situé à une distance de 20 minutes en voiture de son domicile mais d'une heure trente minutes en transports en commun et dont l'utilisation ne lui permettrait pas de respecter ses horaires de travail, qu'elle ne dispose pas des capacités financières pour acheter ou louer un véhicule ne nécessitant pas de permis de conduire et ne peut véhiculer son fils au collège, ce dernier devant désormais emprunter des routes étroites rendant dangereuse la circulation piétonne ou cycliste. Cependant il résulte de l'instruction que la décision en litige répond à des exigences de protection et de sécurité routière eu égard au caractère grave des deux infractions commises par la requérante les 4 février 2023 et 9 juillet 2023 ayant chacune entraîné un retrait de 6 points sur son permis de conduire, qui révèlent un comportement grave et réitéré, sur une période inférieure à six mois, de méconnaissance des dispositions du code de la route. Dès lors, et quelle que soit la gêne qui en résulte pour l'intéressée et les conséquences professionnelles ou personnelles résultant de la perte de validité de son permis, les exigences qui s'attachent à l'intérêt public de la sécurité routière font obstacle à ce que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, soit en l'espèce regardée comme remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de vérifier s'il est fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme A.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A.
Fait à Montpellier, le 11 avril 2024.
Le juge des référés,
J. Charvin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 11 avril 2024.
La greffière,
M. B
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