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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402096

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402096

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL AMPLITUDE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 23 avril 2024, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le maire de la commune des Matelles a formé opposition à la déclaration préalable n° DP 034153 23 M0052, pour l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain sis Lieu-dit " Plaine de Vias " à Les Matelles ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune des Matelles, de délivrer la déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au maire de la commune des Matelles, de ré-instruire la déclaration préalable et d'y statuer en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, assortie d'une astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune des Matelles une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision d'opposition à la déclaration préalable porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile de la société Bouygues Telecom ; une partie du territoire sur laquelle la station relais est projetée n'est pas couverte par le réseau de l'exposante ;

- il est porté atteinte aux obligations imposées par l'autorisation dont la société Bouygues Telecom bénéficie et à la continuité du service public auquel elle participe ;

- le site projeté aura pour effet de combler un trou de couverture et de décharger substantiellement une zone saturée permettant au service de fonctionner dans des conditions moins anormales ;

- les cartes réalisées par les opérateurs permettent de connaître avec un degré de précision suffisamment fin l'étendue et la nature de la couverture assurée par les équipements de l'opérateur à la différence des cartes publiées sur le site de l'ARCEP ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 424-1, L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L.11 du code de justice administrative ; l'arrêté méconnaît l'ordonnance du 15 février 2024 rendue par le tribunal ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ; le projet a pris en compte les éventuels risques incendie ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article N11 du règlement du PLU ; le projet n'est pas incompatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article D 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques et du principe d'indépendance des législations.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 22 et 23 avril 2024, la commune des Matelles, représentée par Me Jolivet, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas remplie ; l'insuffisance de couverture par le réseau n'est pas de nature à caractériser l'urgence ; la présence d'une autre antenne relai sur la commune confirme qu'il n'y a pas d'urgence ;

- l'arrêté litigieux est motivé en droit et en fait ;

- l'ordonnance du 15 février n'a pas été méconnue ; il a été procédé à la réinstruction du dossier tel que cela avait été enjoint, et de nouveaux motifs de refus ont été opposés ;

- le projet méconnaît l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ; il existe un risque incendie ;

- le projet méconnaît l'article N11 du règlement du PLU ; le projet ne s'insère pas dans l'environnement ;

- le projet méconnaît l'article D.98-66-1 du code des postes et communications électroniques eu égard à l'existence d'une autre antenne relai sur la commune et de l'éventuelle possibilité d'une mutualisation.

Vu :

- la requête enregistrée le 3 avril 2024 sous le n°2401937 par laquelle les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Anglard, représentant les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens. Il précise qu'aucun changement dans les circonstances de droit et de fait n'est intervenu depuis la première ordonnance de référé ; que la décision est manifestement illégale comme l'a relevé la première ordonnance et que la décision méconnaît les motifs de la première ordonnance ;

- les observations de Me Zurbach, représentant la commune des Matelles, qui persiste dans ses écritures par les mêmes moyens. Elle précise que la décision a motivé plus précisément le motif de refus initial et la demande de substitution de motifs précédemment demandée et que le projet porte atteinte à l'intérêt paysager de l'entrée de village fréquentée par de nombreux usagers et touristes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 juillet 2023, la société Cellnex France a déposé auprès des services de la commune des Matelles une déclaration préalable de travaux pour l'implantation d'une station relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain sis Lieu-dit " Plaine de Vias ", en zone A du plan local d'urbanisme. Par un arrêté n° DP 034153 23 M0052 du 20 novembre 2023, le maire de la commune des Matelles a fait opposition à cette déclaration préalable de travaux. Par une ordonnance du 15 février 2024, le tribunal a ordonné la suspension de cet arrêté et enjoint au maire de la commune de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable susvisée. Par un arrêté n° DP 034153 23 M0052 du 14 mars 2024, le maire de la commune des Matelles a de nouveau fait opposition à cette déclaration préalable de travaux. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France Infrastructures sollicitent du juge des référés la suspension de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La société Bouygues Télécom, titulaire d'autorisations d'exploitation de réseaux de télécommunications mobile sur le territoire national délivrées par l'Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (ARCEP), établit, par la production de cartes de couverture, du réseau 4G qu'elle exploite, que le territoire de la commune des Matelles n'est pas entièrement couvert par ce réseau. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, tant 3G que 4G, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision :

5. En l'état de l'instruction, les moyen soulevés par les sociétés requérantes tirés des erreurs de droit au regard de l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de l'article N11 du règlement du PLU, de l'article D 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques, et de l'article L.11 du code de justice administrative, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

6. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le maire de la commune des Matelles s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAS Cellnex France pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain sis Lieu-dit " Plaine de Vias ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente ordonnance implique nécessairement, compte tenu de ses motifs et ainsi que le demande les sociétés requérantes, que le maire de la commune des Matelles délivre à titre provisoire à la société Cellnex France, une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune des Matelles demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune des Matelles une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté n° DP 034153 23 M0052 du 14 mars 2024 par lequel le maire de la commune des Matelles s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAS Cellnex France pour la réalisation d'une antenne relais de téléphonie mobile est suspendu jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune des Matelles de délivrer à la SAS Cellnex France à titre provisoire une décision de non opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Article 3 : La commune des Matelles versera aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom, à la société Cellnex France, et à la commune des Matelles.

Fait à Montpellier, le 24 avril 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 avril 2024.

La greffière,

M. A

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