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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402565

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402565

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024 M. A C, représenté par Me Serrano, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne présente aucun risque de soustraction car il a toujours indiqué qu'il souhaitait se rendre en Espagne ;

- le seul placement en garde à vue ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- l'interdiction de retour du territoire français est entaché d'insuffisance de motivation ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pastor dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, magistrate désignée,

- les observations de Me Serrano, représentant M. C, assisté de M. B, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en janvier1986, a été placé en garde à vue pour conduite sans permis et en état d'ivresse par les services de la DIPN. N'ayant pu justifier au cours de la garde à vue de la régularité de son séjour en France, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a, par arrêté du 2 mai 2024, l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

5. M. C se prévaut de ce qu'il réside en Espagne, pays dans lequel il détient le centre de ses intérêts privés et professionnels et fait état de ce que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public.

6. D'une part, il ne résulte pas de la décision en litige que le préfet des Pyrénées-Orientales ait relevé la menace à l'ordre public que son comportement constitue pour lui refuser un délai de départ volontaire. D'autre part, alors au demeurant que le centre de coopération policière et douanière du Perthus a informé le préfet qu'il ne détenait aucune autorisation de résidence en Espagne, M. C ne conteste ni le risque de fuite avéré dès lors qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire national et n'a pas sollicité son admission au séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées que le préfet des Pyrénées-Orientales a pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

8. Pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet, qui vise les dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a notamment tenu compte du fait que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire depuis son entrée en France sans avoir sollicité de titre de séjour, ne justifie d'aucune attache réelle sur le territoire et n'apparaît nullement inséré socialement en France. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée et le préfet a examiné la situation du requérant au regard des critères prévus par la loi. Ainsi, bien qu'il s'agisse de la première mesure d'éloignement dont il fait l'objet, le requérant, qui ne fait pas état de circonstances humanitaires, n'est pas fondé à soutenir que la durée de l'interdiction de retour, ainsi fixée à deux ans, serait disproportionnée et entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite les moyens dirigés contre cette décision doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 2 mai 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Serrano.

Lu en audience publique le 6 mai 2024.

La magistrate désignée,

I. Pastor

La greffière

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 mai 2024

La greffière

C. Touzet

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