vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402603 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. B C demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales portant obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnait le 5° de l'article L. 611-1 du code précité ;
- la décision portant refus de départ volontaire méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code précité ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée, entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de son auteur, est insuffisamment motivée, méconnait les articles 3 et 8 de la convention précitée ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Un mémoire en défense présenté par le préfet des Pyrénées-Orientales, enregistré le 18 juin 2024, après la clôture d'instruction le 3 juin précédent, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,
- et les observations de Me Teles, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant arménien né le 1er février 1989, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans. Le 16 juin 2024, l'intéressé a été placé en rétention administrative.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 6 juin 2024, M. C s'est vu octroyer l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission de cette aide à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 18 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, tant accessible au juge qu'aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Mme A, sous-préfète de Céret, aux fins de signer notamment les arrêtés et décisions pris dans le cadre des procédures de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté comprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et décrit avec suffisamment de précision, par plus de vingt considérants, la situation du requérant, notamment quant à la durée de son séjour en France, la présence de sa fille en France ou celle de sa mère en Arménie. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse ne peut qu'être écarté. Il en est de même du moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. C fait valoir qu'il est entré en France le 12 mars 2012, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 mars 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 décembre 2013 et le 21 août 2014, qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement les 10 mars 2014, 19 mai 2015, 20 octobre 2016 et 8 mars 2022, confirmées par ce tribunal, qu'il n'apporte aucun justificatif pour établir sa résidence habituelle en France, notamment pour la période de 2016 à 2022 et qu'il a lui-même déclaré être revenu en France 7 mois avant son interpellation le 25 janvier 2024. Il ressort également des pièces du dossier que si M. C fait valoir que sa fille âgée de deux ans réside en France avec lui, il a été écroué au centre pénitentiaire de Perpignan pour des faits de violence commise sur son conjoint et soustraction d'enfant par ascendant pendant plus de cinq jours, faits qui ne sont pas sérieusement contestés par l'intéressé alors même que le juge pénal aurait prononcé en sa faveur une irresponsabilité pénale avec admission en soins psychiatriques. Il n'est pas dénué de toute attache familiale en Arménie, où réside sa mère, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où il a lui-même déclaré en provenir lors de sa dernière entrée en France en 2023. Enfin, il ne justifie comme élément d'intégration dans la société française que sa participation à du bénévolat. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant la décision querellée et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en découle également que le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision querellée.
7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Comme indiqué au point 6, si M. C soutient qu'il vit avec sa fille âgée de deux ans, il a été poursuivi pour des faits de soustraction d'enfant par ascendant pendant plus de cinq jours et n'apporte aucun justificatif établissant qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de cet enfant alors qu'il a déclaré être revenu en France courant 2023 seulement. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code précité : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".
10. Comme indiqué au point 6, M. C a été poursuivi pour des faits de violence conjugale et soustraction d'enfant par ascendant pendant plus de cinq jours. La circonstance qu'il ait été déclaré pénalement irresponsable et admis à des soins psychiatriques est sans incidence sur l'appréciation que le préfet des Pyrénées-Orientales a porté sur l'intéressé. Compte tenu de ces faits récents et graves, et dès lors que le requérant était déjà défavorablement connu des services de police, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en considérant qu'il représentait une menace à l'ordre public. En tout état de cause, même si le préfet des Pyrénées-Orientales a mentionné dans son arrêté que l'intéressé présentait une menace pour l'ordre public, il a également fondé sa décision sur son entrée irrégulière sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 611-1 du code précité doit être écarté.
En ce qui concerne les autres décisions :
11. S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, si le requérant fait de nouveau valoir qu'il a été reconnu pénalement irresponsable des faits rappelés au point 5, d'une part, comme indiqué au point précédent, la menace à l'ordre public est avérée et, d'autre part, le préfet des Pyrénées-Orientales a également motivé son refus sur l'absence de garantie de représentation effective, compte tenu des nombreuses mesures d'éloignement prononcées à son encontre auxquels il n'a pas déféré. Dans ces conditions le moyen tiré d'une méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 312-3 du code précité peut être écarté.
12. S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, en indiquant son séjour irrégulier en France, ses précédentes mesures d'éloignement non exécutées, l'absence de véritables attaches personnelles et familiales en France par rapport à celles existant dans son pays d'origine et la menace à l'ordre public qu'il représente, le préfet des Pyrénées-Orientales a suffisamment motivé cette décision au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code précité. De même, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction à trois ans en application de l'article L. 612-6 du même code. Eu égard à ce qui a été dit aux point 6 et 8, les moyens tirés d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent être accueillis.
13. S'agissant, enfin, de la décision fixant le pays de destination, eu égard à ce qui a été dit aux points 3, 6 et 8, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision, en indiquant que l'intéressé n'a fait valoir aucun élément susceptible d'empêcher son retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée et ne relève aucun défaut d'examen particulier de sa situation. Si le requérant invoque également l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit le moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé alors que, comme indiqué au point 6, sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet par l'OFPRA le 25 mars 2013, confirmée par la CNDA le 13 décembre 2013 et le 21 août 2014.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pastor, première conseillère,
M. Lauranson, premier conseiller.
Le président-rapporteur,
J-Ph. GayrardL'assesseur le plus ancien,
M. Lauranson
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 juillet 2024.
La greffière,
B. Flaeschil
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026