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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402754

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402754

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKOUAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 mai, 13 juin et 17 août 2024, M. F A, représenté par Me Kouahou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 8 jours, à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il remplit les conditions pour prétendre au changement de statut et obtenir un titre de séjour en qualité de salarié ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne s'est pas réorienté sur l'année universitaire 2021-2022 et n'a pas été ajourné au titre de la même année.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés. Il indique, en outre, que le requérant ayant été recruté en qualité de professeur des écoles dans le département du Val d'Oise à compter du 26 février 2024, où il est également domicilié, les services de la préfecture de l'Hérault ne sont plus en mesure de statuer sur son droit au séjour. Il lui appartient de se rapprocher des services de la préfecture du Val-d'Oise désormais compétents pour étudier sa situation.

Par lettre du 6 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de prononcer un non-lieu à statuer partiel, s'agissant des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination, dès lors que la délivrance à M. A le 8 juillet 2024 d'un récépissé de demande de titre de séjour a implicitement mais nécessairement abrogé l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination en litige.

Des observations en réponse à cette information, enregistrées le 9 septembre 2024, ont été présentées pour M. A et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Kouahou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien, né le 4 janvier 1990, est entré en France le 30 septembre 2020 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant ". Il en a sollicité le renouvellement le 20 novembre 2023. Par un arrêté du 8 avril 2024 le préfet de l'Hérault a refusé de lui renouveler son titre de séjour étudiant, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que, le 8 juillet 2024, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet du Val-d'Oise a délivré à M. A un récépissé de demande de titre de séjour, valable jusqu'au 7 janvier 2025, qui autorise son maintien sur le territoire le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour. Dans les circonstances particulières de l'espèce, cette attestation a implicitement eu pour effet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté en litige et par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination, qui n'a reçu aucune exécution. Les conclusions présentées par M. A à l'encontre de cette décision sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté n° 2023-10-DRCL-477 du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen réel et complet de la situation du requérant, qu'il a appréciée de manière suffisamment circonstanciée pour le mettre en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit tenant à l'absence d'un examen sérieux de la situation de M. A ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

7. Le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.

8. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le fait que l'intéressé a été ajourné au titre des années universitaires 2020-2021, et 2021-2022, qu'il a changé à plusieurs reprises d'orientations, sans que ces changements ne s'intègrent dans un projet professionnel cohérent, et que les diplômes universitaires ne constituent pas une progression dans les études, mais permettent simplement de compléter une formation. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis à entrer sur le territoire français pour suivre, au titre de l'année 2019-2020, un master 2 mention management et commerce international auprès de l'université de Rennes, qu'il a validé. Au titre de l'année 2020-2021, il s'est inscrit en master 1 mention métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation, et il a été ajourné. Il s'est réinscrit à cette formation au titre de l'année 2021-2022, et l'a validée auprès de l'université de Montpellier. Au titre de l'année 2022-2023, il s'est inscrit en master 2 mention métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation, et ne fait pas état de la validation de ce diplôme. Par ailleurs, au titre de l'année 2022-2023, il s'est inscrit au diplôme universitaire mention management des affaires auprès de l'université de Montpellier, et l'a validé. Enfin, au titre de l'année 2023-2024, il s'est inscrit à un diplôme universitaire " digital supply chain ".

9. Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent, qu'en estimant que la seule préparation de ce diplôme universitaire " digital supply chain ", accessible après deux années d'études supérieures, après l'obtention d'un master 2, mention management du commerce international, et d'un master 1, mention métiers de l'enseignement de l'éducation et de la formation, ne constituait pas une progression dans les études suivies, et ne permettait pas de justifier du caractère réel et sérieux des études poursuivies, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation. En outre, si M. A fait valoir qu'il a conclu avec le recteur de l'académie de Versailles, un contrat de travail à durée déterminée en qualité de professeur des écoles, à compter du 26 février 2024 jusqu'au 31 août 2025, et qu'il dispose d'une autorisation de travail depuis le 19 avril 2024, cette circonstance demeure sans influence sur la légalité du refus du titre de séjour étudiant. La circonstance que l'intéressé ait sollicité un changement de statut en qualité de " salarié " auprès des services de la préfecture de Cergy est sans incidence sur la légalité de l'arrêté pris par le préfet de l'Hérault.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. A. Par ailleurs, le préfet du Val-d'Oise ayant délivré un M. A un récépissé de demande de titre de séjour, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 8 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. D B, première conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024

La présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

M. E

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 26 septembre 2024.

La greffière,

A. Junon

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