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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403041

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403041

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantDELCHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 29 mai 2024, M. C A, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, et fixe le pays de renvoi, et une interdiction de retour de deux ans ;

2°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées en fait ;

- son droit d'être entendu a été méconnu, alors qu'il dispose d'éléments permettant sa régularisation ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus d'accorder un délai de départ est entaché d'erreur d'appréciation ;

- l'interdiction de retour de deux ans est disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B et les observations de Me Delchambre, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gambien né le 7 octobre 1996, demande d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 du préfet des Pyrénées-Orientales qui l'oblige à quitter le territoire français sans délai, et fixe le pays de renvoi, et une interdiction de retour de deux ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, par application de l'article cité au point précédent, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande d'annulation :

En ce qui concerne la motivation de l'arrêté :

4. Les décisions attaquées visent les textes applicables et mentionnent les principaux éléments de la situation personnelle de l'intéressé. Elles énoncent ainsi les considérations de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation en fait doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013 qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Si le requérant fait valoir qu'il dispose d'éléments qui auraient permis sa régularisation, il ne les précise pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu sera écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Si le requérant soutient vivre en France depuis 2013, ayant épousé une française le 5 août 2017, et étant père de 4 enfants français, il ressort des pièces du dossier que par jugement du tribunal correctionnel de Perpignan du 29 janvier 2018 l'intéressé a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement avec mise à l'épreuve pendant deux ans pour violence avec usage ou menace d'une arme et de menace de mort réitérées commis le 13 décembre 2017 sur une personne étant ou ayant été son conjoint, et que par jugement de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Montpellier du 14 avril 2022 il a été condamné à un an d'emprisonnement pour des faits de rébellion ou menace de mort à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, récidive et violence dans un moyen de transport collectif de voyageurs suivie d'incapacité. En outre, le préfet indique dans son arrêté sans être contesté que l'intéressé a été signalé le 7 avril 2024 pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours sur son conjoint. Le requérant a fait l'objet d'un arrêté préfectoral de refus de séjour et éloignement du 31 mai 2022 que ce tribunal a confirmé par jugement définitif du 13 octobre 2022, et il se maintient irrégulièrement en France depuis. L'intéressé ne démontre pas être inséré en France, s'occuper de ses enfants, vivre avec leur mère, et être isolé en Gambie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des articles cités au point 6 sera écarté.

8. En vertu du 1er alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Si M. A soutient qu'il aurait dû être admis au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article précité, il ne ressort pas des éléments indiqués au point 7 que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir de régularisation pour motifs exceptionnels ou considérations humanitaires.

En ce qui concerne le refus de délai de départ :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet s'est fondé sur le caractère avéré des risques de fuite. Par suite, eu égard aux constats opérés au point 7, il n'a pas méconnu les articles cités au point précédent.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

11. En vertu de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Eu égard aux constats opérés aux points précédents, l'interdiction de retour sur le territoire, fixée à deux ans, n'est pas disproportionnée.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide jurididictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions du recours est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Delchambre, et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré à l'issue de l'audience du 1er juillet 2024 à laquelle siégeaient :

M.B, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le rapporteur,

V. BL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 juillet 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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