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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403103

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403103

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRABHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 2 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Rabhi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français, et fixe le délai de départ, le pays de renvoi, et une interdiction de retour de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission du titre de séjour prévue par les articles L. 432-13 et L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le second alinéa de l'article L. 435- 1 du même code, n'a pas été saisie ;

- le signataire de l'arrêté, M. Guillaume Raymond, est incompétent ;

- le refus de séjour méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait le droit d'être entendu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par mémoire, enregistré le 24 juin 2024, le préfet de Hérault conclut au rejet du recours et soutient que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B, et les observations de Me Rabhi, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 21 juin 1972, a épousé le 28 mars 2016 un compatriote bénéficiant d' un titre de séjour valable jusqu'en juillet 2029, déclare être entrée sur le territoire en avril 2022, et demande d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour vie privée et familiale, l'oblige à quitter le territoire français, et fixe le délai de départ, le pays de renvoi, et une interdiction de retour de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Guillaume Raymond, secrétaire général adjoint, lequel a reçu une délégation de signature du préfet de l'Hérault par un arrêté du 3 mai 2023 publié le 4 mai 2023, accessible au juge comme aux parties, à l'effet de signer tous actes et décisions dans la limite de l'arrondissement chef-lieu en cas d'absence ou d'empêchement de M. Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Cette délégation antérieure à l'arrêté en litige habilitait M. D à le signer dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Poisot n'était pas absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En vertu de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :.5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". La requérante, qui est susceptible de bénéficier du regroupement familial, ne peut utilement invoquer cet article.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions de séjour sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Le préfet a relevé que l'intéressée pouvait regagner son pays d'origine le temps pour son époux de solliciter le bénéfice du regroupement familial. Si la requérante se prévaut de l'état de santé de son époux, handicapé né le 15 septembre 1964 et qui perçoit l'allocation pour adulte handicapé, il ne ressort d'aucune pièce produite que son état fasse obstacle à une séparation provisoire des époux. Par suite, le préfet n'a pas méconnu son pouvoir de régularisation

5. En vertu de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative:1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance./2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; /3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour ..4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

6. La requérante ne remplissant pas les conditions prévues pour bénéficier des articles cités au point précédent, le préfet n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013 qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Si la requérante argue de la méconnaissance de ce droit, elle n'apporte ni élément ni précision sur ce point. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu sera écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Eu égard aux constats opérés au point 4 et au fait que la requérante n'est pas isolée dans son pays d'origine, qu'elle a quitté récemment, à l'âge de presque 50 ans, le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ :

11. Cette décision énonçant les considérations de fait et de droit qui la fondent, le moyen tiré de son insuffisante motivation sera écarté.

12. La requérante n'apportant aucun élément justifiant qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit aussi être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour de trois mois :

13. Cette décision n'énonçant pas les considérations de fait qui la fondent, le moyen tiré de son insuffisante motivation en fait, sans qu'il soit utile d'examiner les autres moyens invoqués, sera retenu.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est fondée à demander l'annulation que de l'interdiction de retour de trois mois dont elle a fait l'objet.

Sur l'injonction :

15. Le présent, jugement, eu égard à ses motifs, n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte du recours doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 30 avril 2024, en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire de trois mois, est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 1er juillet 2024 à laquelle siégeaient :

M.B, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le rapporteur,

V. BL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 juillet 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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