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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403130

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403130

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, M. A D demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2024 par lequel le préfet de l'Aude a ordonné son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'art. L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 4 juin 2024, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delon, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :

- le rapport de Mme Delon, magistrate désignée,

- et les observations de Me Richard, représentant M. D, qui a repris, en les précisant, les moyens invoqués, ainsi que celles de M. D.

Le préfet de l'Aude n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 4 octobre 1972, soutient être entré en France en 1996. Il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pendant une durée de deux ans par le préfet de l'Aude le 6 mai 2024 et a été placé en rétention le 28 mai suivant. Pendant son placement en rétention, il a déposé une demande d'asile le 1er juin 2024. Par un arrêté du même jour, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aude a prononcé son maintien en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 19 juin 2024.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Aude, par Mme C B. Par un arrêté n° DPPPAT-BCI-2024-012 du 1er mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 05 de la préfecture du 4 mars 2024, accessible tant au

juge qu'au public sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Aude a donné délégation à Mme C B, directrice de la légalité et de la citoyenneté à l'effet de signer tous les actes relevant du ministère de l'intérieur dans la limite des attributions et compétences relevant de sa direction, à l'exception de décisions, énoncées à l'article 2 de l'arrêté dont ne fait pas partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercés sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ". En outre, l'article L. 754-6 du même code indique que " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531- 24 ".

5. Si M. D soutient que le préfet de l'Aude ne pouvait se fonder, pour prendre la décision contestée, sur la seule circonstance que sa demande d'asile a été présentée postérieurement à son placement en rétention, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'a pas déféré à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et il ne fait valoir aucun élément de nature à démontrer que sa demande d'asile présentée en rétention n'aurait pas pour seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Au demeurant, il y a lieu de préciser que la décision de maintien en rétention, qui n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner le requérant vers son pays d'origine, ne doit pas être fondée sur les risques encourus par l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine mais sur des critères objectifs de nature à établir que la demande d'asile présentée en rétention l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément circonstancié produit par l'intéressé, le préfet de l'Aude a ainsi considéré, à bon droit, que sa demande présentait un caractère dilatoire, visant à compromettre ou à retarder la procédure d'éloignement menée à son encontre. Les moyens tirés de l'erreur de droit, du défaut d'examen réel et sérieux et de l'erreur manifeste d'appréciation sont, dès lors, rejetés.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être énoncé au point précédent que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison des traitements dégradants auxquels le requérant serait exposé dans son pays d'origine et qu'il a développés au cours de l'audience publique, est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque les conditions du maintien en rétention sont réunies, la demande d'asile est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'OFPRA, lorsqu'il rejette la demande d'asile présentée devant lui, ne présente pas un caractère suspensif, ne porte pas en elle-même atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif, garanti par l'article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit en tout état de cause être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 1er juin 2024 sont rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et à fin de remboursement des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de l'Aude, à M. A D et à Me Richard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

La magistrate désignée, La greffière,

E. Delon C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 21 juin 2024

La greffière

C. Touzet

N°2403130

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