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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403137

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403137

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, Mme A B, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Maillot et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle détenait en qualité de conjointe de Français, a refusé, dans le cadre d'un changement de statut, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salariée et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dès la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, en tout état de cause, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté contesté :

- faute de disposer d'une délégation régulièrement publiée, l'auteur de cet arrêté n'était pas habilité à le signer ;

Sur le refus de titre de séjour portant la mention " salarié " :

- en se bornant à opposer l'absence de transmission des autorisations de travail, sans mener l'instruction de ces dernières, le préfet de l'Hérault a commis une erreur de droit.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité du titre de séjour, elle est dépourvue de fondement juridique.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas présenté d'observations en défense avant la clôture de l'instruction, le mémoire en défense, ayant été, enregistré, le 5 juillet 2024, soit postérieurement à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Teuly-Desportes a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née en 2001, s'est mariée avec un ressortissant français au Maroc, le 31 mars 2021, est entrée en France régulièrement le 11 septembre 2021 sous couvert d'un visa D " conjoint de Français " valable du 6 septembre 2021 au 6 septembre 2022 et a obtenu un titre portant la mention vie privée et familiale, en qualité de conjointe de Français, pour la période du 7 septembre 2022 au 6 septembre 2023. Par un jugement rendu le 31 mars 2023, le tribunal de première instance de Tinghir (Maroc), a prononcé la dissolution du mariage des époux. Le 28 septembre 2023, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a également sollicité un titre de séjour portant la mention de " salarié ". Par un arrêté du 26 avril 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " détenu en qualité de conjointe de Français et, au regard de la demande de l'intéressée, doit être réputé comme lui ayant implicitement mais nécessairement refusé, dans le cadre d'un changement de statut, un titre de séjour en qualité de salariée et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

2. L'arrêté en litige a été signé pour le préfet de l'Hérault par M. C D, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers. Or, ce dernier bénéficiait d'une délégation de signature, accordée le 9 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault et versée au dossier, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité du refus de renouvellement de son titre de séjour :

3. En l'absence de moyens de légalité soulevés contre le refus de renouvellement du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour portant la mention " salarié " :

4. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum () reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " () ".

5. Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du même code : " I. - L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : () 3° La carte de séjour temporaire "salarié" ou "travailleur temporaire" délivrée en application du 1° de l'article L. 426-11 du même code () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 de ce code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; () ".

6. D'une part, aucune disposition ne fait obstacle à ce qu'un étranger titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en cours de validité sollicite, dans le cadre d'un changement de statut, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

7. D'autre part, il résulte des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain que le dépôt d'une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " implique nécessairement que l'employeur sollicite préalablement la délivrance d'une autorisation de travail, qui ne peut être refusée que si cette demande ne remplit pas les conditions énumérées par l'article R. 5221-20 du code du travail.

8. Or, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet de l'Hérault s'est borné à rejeter la demande de titre de séjour de Mme B au motif que cette dernière présentait deux demandes d'autorisations de travail des 18 octobre 2023 et 12 février 2024 et ne produisait pas les avis rendus par la plateforme pour la main d'œuvre étrangère qui s'y rapportent. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir qu'en lui opposant ce motif, qui n'est pas au nombre de ceux prévus par les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail, sans instruire la demande, le préfet de l'Hérault, qui, au surplus, n'a pas sollicité ces avis en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, s'est placé en situation de compétence liée et a commis une erreur de droit.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2024 du préfet de l'Hérault en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salariée et, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français qui est dépourvue de fondement juridique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Hérault procède au réexamen de la demande de Mme B dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il la munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une quelconque astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme sollicitée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2024 du préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " salarié " et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de statuer sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B et portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 16 juillet 2024

C. Arce

N°2403137

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