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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403160

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403160

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403160
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, M. et Mme A C B, représentés par Me Gallon, demandent au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de les orienter vers une structure d'hébergement d'urgence à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de rappeler que conformément aux dispositions de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, ils pourront se maintenir dans la structure d'hébergement d'urgence qui leur sera désignée, jusqu'à ce qu'ils soient orientés vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à leur situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes à verser à leur conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- ils ont obtenu le statut de réfugié de l'OFPRA et sont entrés dans le programme Agir 34 le 14 mars 2024 ; la famille n'arrive pas à se loger depuis son arrivée à Montpellier en janvier 2024 et est en errance allant de chambres d'hôtel en squat et parfois à la rue ; ils multiplient sans succès les demandes d'hébergement par des appels quasi quotidiens au 115 ; ils justifient d'une situation d'urgence dès lors qu'ils dorment dans la rue ou dans des squats avec leurs deux enfants mineurs ; leurs deux enfants âgés de 13 ans tombent régulièrement malades et sont en souffrance ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent leur droit à un hébergement d'urgence et à la dignité humaine.

Le préfet de l'Hérault, à qui la requête a été communiquée le 5 juin 2024, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience du 6 juin 2024 à 15h.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup,

- et les observations de Me Gallon, représentant M.et Mme A C B, qui persistent dans ses écritures par les mêmes moyens.

- des pièces ont été produites en délibéré pour le préfet de l'Hérault le 6 juin 2024 à 16h05.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme A C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. En vertu de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. M. et Mme A C B, qui ont obtenu le statut de réfugiés, font valoir qu'ils sont actuellement sans emploi avec pour seule ressource le revenu de solidarité active, qu'ils sont privés d'hébergement depuis plusieurs semaines et que, malgré leurs appels quasi-quotidiens au 115 depuis le 17 janvier 2024, ils errent de squat en chambres d'hôtel et dorment parfois dans la rue avec leurs deux enfants âgés de 13 ans. Dans ces conditions et en l'absence d'observations présentées par le préfet de l'Hérault pour démontrer qu'il aurait accompli les diligences nécessaires pour rechercher, au regard des moyens dont dispose le service de veille sociale, la possibilité d'assurer leur hébergement, les requérants justifient d'une situation d'urgence et d'une atteinte grave et manifestement illégale portée à leur droit à l'hébergement d'urgence.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault de désigner aux requérants un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir avec leurs deux enfants dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. et Mme A C B sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de désigner à M. et Mme A C B un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir avec leurs enfants dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A C B, au préfet de l'Hérault et à Me Gallon.

Fait à Montpellier, le 6 juin 2024.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 juin 2024

La greffière,

C. Touzet

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