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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403318

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403318

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMISSLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juin et le 10 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Mislin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) de suspendre, à titre subsidiaire, l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que la cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué conformément à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Hérault de lui de délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la situation de la requérante dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans l'attente du réexamen de sa demande, selon les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme en application du seul article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour :

- compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est dépourvue de fondement juridique ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 et 15 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer notamment sur les recours relevant de la procédure aux articles L. 614-4 à L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Mallet ,substituant Me Mislin, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que la requérante doit, au regard de son état de santé, bénéficier de plein droit d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante arménienne, née en 1958, et entrée en France, le 1er décembre 2019, selon ses déclarations, a présenté, le 9 décembre suivant, une demande d'asile, que l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejetée, le 14 octobre 2020, rejet confirmé, le 3 février 2021, par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 28 décembre 2020, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours assortie d'une interdiction de retour d'une durée de quatre mois, décisions dont la légalité a été confirmée, le 10 mars 2021, par la magistrate désignée. L'intéressée, qui a déféré à la mesure d'éloignement, est entrée à nouveau en France, selon ses déclarations, le 25 février 2024 afin d'effectuer une demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été jugée irrecevable, par l'OFPRA, le 8 avril 2024, décision confirmée le 19 juin suivant, par la CNDA. Par un arrêté du 13 mai 2024, le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Mme A demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté et, à titre subsidiaire, sa suspension.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle mentionne, par ailleurs, des éléments liés à la situation de l'intéressée et son parcours migratoire, notamment le rejet de sa première demande d'asile par l'OFPRA, confirmé par la CNDA et le rejet, au stade de la recevabilité, de sa demande de réexamen. Par suite, la décision attaquée, qui n'a pas à reprendre tous les éléments de fait exposés par l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle se fonde, est suffisamment motivée, tant en droit qu'en fait. En outre, il ressort de cette même motivation que le préfet de l'Hérault s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () / 2° Lorsque le demandeur : / () / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ". Aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger () qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1. " L'article L. 611-1 de ce code dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). "

5. Mme A, à qui le bénéfice de l'asile avait été refusé, ainsi qu'il a été dit au point 1, a demandé le réexamen de sa situation à l'OFPRA. Sa demande a été déclarée irrecevable le 26 mars 2024, décision notifiée le 8 avril 2024, ainsi qu'il ressort de la fiche " TelemOfpra " qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Les arguments qu'elle souhaite développer devant la CNDA, auprès de laquelle elle a déposé un recours, le 3 mai 2024, sont les mêmes que ceux qui ont conduit à la décision d'irrecevabilité de l'OFPRA. Dans ces conditions, et compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle disposait d'un droit au maintien sur le territoire français à la date de la décision contestée. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de l'Hérault, en prenant une mesure d'éloignement avant que la CNDA n'ait statué sur son recours, aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 611-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la CNDA et commis une erreur de droit doivent être écartés.

6. En dernier lieu, lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. D'une part, si Mme A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée en France, elle ne produit toutefois à l'appui de son argumentation, aucun élément suffisant permettant d'en établir la réalité, alors qu'elle n'est entrée à nouveau sur le territoire, selon ses propres déclarations, que depuis le mois de février 2024, au demeurant, non accompagné de son époux. Dans ces conditions, eu égard tant à son caractère récent qu'aux conditions de son séjour en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme non fondé.

9. D'autre part, à la date à laquelle la mesure d'éloignement a été prononcée, si l'état de santé de Mme A, atteinte d'une récidive de cancer du sein avec carcinose péritonéale, était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il n'était nullement démontré qu'à cette date, elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié En Arménie où elle résidait jusqu'en février 2024, ni même qu'elle ne pourrait voyager. En effet, les documents et certificats médicaux, notamment celui rédigé le 11 juin 2024, par un praticien hospitalier du département oncologie médicale du centre hospitalier universitaire de Montpellier (CHU), indiquant une aggravation de son état de santé avec hospitalisation du 9 au 18 juin 2024, placement sous oxygénothérapie et chimiothérapie palliative, n'ont pas été adressés au préfet de l'Hérault dans le cadre de la demande de réexamen. La requérante n'a donc pas justifié auprès de l'autorité préfectorale d'éléments suffisamment précis sur la nature et la gravité des troubles dont elle souffre. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu, préalablement à sa décision, de recueillir l'avis du collège de médecins de l'office français de de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il suit de là qu'elle ne peut être regardée, à la date de la décision contestée, comme devant se voir attribuer de plein droit une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le délai de départ volontaire :

10. D'une part aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

11. Dès lors que le délai de trente jours accordé à un ressortissant étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que ce dernier ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou qu'il ait fait valoir des éléments justifiant que ce délai soit prolongé. Mme A n'alléguant pas avoir formulé une telle demande ou avoir fait valoir de tels éléments, elle ne peut utilement soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours serait insuffisamment motivée ni entachée d'une erreur de droit.

12. D'autre part, si la requérante soutient que le préfet de l'Hérault aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours au regard de la circonstance qu'elle bénéficie d'une prise en charge médicale au sein du CHU de Montpellier, au demeurant, postérieure à la décision contestée, cette seule circonstance ne permet toutefois pas d'établir que la décision fixant le délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

14. Mme A soutient qu'en cas de retour en Arménie, elle serait exposée à des traitements contraires à ces stipulations. Pour autant, ainsi qu'il a été dit au point 7, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait bénéficier en Arménie d'un traitement médical approprié. Ainsi, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques, et ce, d'autant que le conflit l'ayant opposé à un médecin au sujet d'une potentielle erreur médicale et qui s'est matérialisé par une plainte déposée par la requérante, remonte à près de cinq années. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, Mme A n'est pas fondée à soulever, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En application de l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

17. Si l'autorité préfectorale doit tenir compte, pour décider de prononcer une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

18. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Hérault a bien examiné les différents critères de l'article L. 612-10, et mentionne notamment, l'entrée récente sur le territoire, l'absence d'intensité de ses liens avec la France sur laquelle il se fonde, la circonstance qu'elle a exécuté la précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français, et a, par suite, respecté les exigences des textes précités. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

19. En dernier lieu, ainsi qu'il a été rappelé précédemment, la requérant est entrée très récemment sur le territoire et n'y dispose d'aucune cellule familiale. Dans ces conditions, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il suit de là que le moyen tiré de la disproportion de la mesure doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

21. Toutefois, il appartient à l'administration de ne pas mettre à exécution la décision portant obligation de quitter le territoire français si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement.

22. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 9, l'état de santé de Mme A s'est aggravé depuis le 12 juin 2024. Elle fait désormais l'objet, outre la chimiothérapie palliative, d'une oxygénothérapie, puis d'une radiothérapie et est désormais dans l'impossibilité de voyager. Dans ces conditions, cette circonstance de fait nouvelle fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire :

23. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. "

24. La requérante ne présente pas des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours enregistré le 3 mai 2024 par la CNDA à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 avril 2024. Au demeurant, la CNDA a rejeté son recours le 18 juin dernier. En conséquence, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à présentées à titre principal et subsidiaire, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme celles de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Pour l'exécution de la mesure d'éloignement, il y a lieu de renvoyer aux points 21 et 22 du présent jugement.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Mislin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrate désignée,

D. Teuly-DesportesLe greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 juillet 2024.

Le greffier,

D. Martinier

N°2403318

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