Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de l'Aude refusant son titre de séjour pour raison de santé et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur en se fondant sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, qui concluait que M. A... pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. La décision s'appuie sur l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 juin 2024 et le 10 juillet 2024, M. C... A..., représenté par Me Bidois, demande au tribunal :
1°) de lui octroyer le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté en date du 7 mai 2024 par lequel le préfet de l’Aude a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination de l’Algérie ;
3°) d’enjoindre au préfet de l’Aude de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;
4°) à titre subsidiaire, d’ordonner avant dire droit une expertise médicale ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français est incompétent ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sont insuffisamment motivées ;
- la demande de titre de séjour et la mesure d’éloignement auraient dû faire l’objet d’une procédure contradictoire en application de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, de l’article 41 de la directive du 16 décembre 2008 et du principe général du droit de l’Union européenne de respect du droit de la défense ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sont entachées d’une erreur de droit dès lors que son traitement n’est pas disponible au Maroc ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elles ont des conséquences d’une exceptionnelle gravité ;
- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de l’Aude conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A..., de nationalité algérienne né le 23 octobre 1968, est entré sur le territoire français le 3 octobre 2022 avec un visa de type C délivré par les autorités hollandaises. Le 8 décembre 2023, M. A... a sollicité un titre de séjour pour raison de santé. Par un arrêté du 7 mai 2024, le préfet de l’Aude a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 7 mai 2024.
Sur l’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».
En raison de l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. (…) ».
Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A..., le préfet de l’Aude s’est fondé sur l’avis du 7 mars 2024, qu’il verse au dossier, par lequel le collège de médecins de l’OFII a estimé que l’état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité mais qu’il ne nécessite pas son maintien sur le territoire dès lors qu’il peut bénéficier en Algérie d’un traitement approprié, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays, et qu’il peut voyager sans risque vers son pays d’origine.
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui a levé le secret médical, souffre d’une pathologie dermatologique chronique rare et très sévère en lien avec un déficit immunitaire causé par une mutation du gène card 9 qui prédispose aux infections sévères pouvant mettre en jeu le pronostic vital en créant des lésions détruisant les tissus profonds. A l’appui de sa requête, M. A... produit des attestations récentes de praticiens français mentionnant le traitement en cours, la possibilité d’un nouveau traitement en lien avec l’institut Pasteur et l’indisponibilité du traitement complexe et onéreux en Algérie. L’intéressé produit également une attestation circonstanciée d’un praticien algérien qui, après avoir retracé l’historique de la pathologie du requérant et l’insuffisance des traitements dont il avait bénéficié en Algérie jusqu’à son départ pour la France, atteste que l’une des deux molécules du traitement de M. A... n’était pas disponible en Algérie. Enfin, M. A... produit des cachets de pharmacies mentionnant l’indisponibilité de la même molécule et l’impossibilité de délivrance de cette molécule. En se bornant à se prévaloir de l’avis de l’OFII sans faire valoir d’élément supplémentaire permettant de contrebalancer les éléments apportés par M. A..., le préfet de l’Aude a commis une erreur d’appréciation en considérant que le traitement du requérant était effectivement disponible en Algérie. Dans ces conditions, le moyen doit être accueilli.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision refusant de délivrer un titre de séjour en qualité d’étranger malade à M. A... doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Eu égard au motif d’annulation de l’arrêté attaqué, l’exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance à l’intéressé d’un titre de séjour en qualité d’étranger malade. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de l’Aude de délivrer à M. A... un tel titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction de l’astreinte réclamée par le requérant.
Sur les frais liés au litige :
M. A... a été admis provisoirement par le présent jugement au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Bidois renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Bidois.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L’arrêté du préfet de l’Aude du 7 mai 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l’Aude de délivrer à M. A... un titre de séjour en qualité d’étranger malade dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’État versera une somme de 1 200 euros à Me Bidois, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., au préfet de l’Aude et à Me Bidois.
Délibéré après l’audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
C. B...
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A-L. Edwige
La République mande et ordonne au préfet de l’Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 septembre 2024
La greffière,
A-L. Edwige