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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403478

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403478

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2024 et le 29 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Blazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat ou une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- La décision est entachée d'incompétence;

- La décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux;

- La décision méconnaît l'article L .435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- La décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen et l'article 6 paragraphe 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, née en 2005, déclare être entrée en France le 22 janvier 2023 sans visa. Sa demande d'obtention d'un titre de séjour en France a été rejetée par une décision du préfet de l'Hérault du 20 décembre 2023, portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé pour le préfet de l'Hérault par M. C E, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers. Or, ce dernier bénéficiait d'une délégation de signature, accordée le 9 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault et versée au dossier, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et précise la situation administrative et le parcours de la requérante, en particulier son arrivée en France démunie de visa, son mariage avec un ressortissant algérien en situation irrégulière sur le territoire français, sa situation de mère d'un enfant de nationalité algérienne âgée de huit mois, l'absence de justification de conditions d'existence suffisantes, l'absence de réelle insertion dans la société française et la possibilité pour elle se poursuivre sa vie privée et familiale en Algérie avec son époux et son enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " [] Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / [] 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; [] ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante déclare être entrée en France sans visa le 22 janvier 2023, moins d'un an avant l'arrêté attaqué. Elle est mariée depuis 2021 à un compatriote en situation irrégulière sur le territoire français ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement, avec lequel elle a eu un enfant né le 22 avril 2023. La requérante n'invoque aucune circonstance qui empêcherait son époux et leur enfant en bas-âge de l'accompagner dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans et où résident encore sa mère et ses frères et sœurs, malgré l'absence alléguée de contact avec ces derniers. Les attestations de proches de Mme A, et de l'association Mosaïque concernant son apprentissage du français ne suffisent pas à établir une intégration socio-professionnelle notable sur le territoire français, alors que la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie et que la requérante ne dispose d'aucun revenu. En outre, l'état de grossesse de la requérante est postérieur à la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.

6. En quatrième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, de sorte que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la possibilité pour le préfet de régulariser la situation d'un étranger au titre de la vie privée et familiale ou au regard de sa situation professionnelle, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Dès lors, Mme A ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il appartient à l'autorité préfectorale, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur sa situation personnelle.

7. La situation familiale et sociale de Mme A ne constitue pas, dans les circonstances de l'espèce susrappelées, un motif exceptionnel de nature à justifier une mesure de régularisation. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation de Mme A. Le préfet s'étant fondé sur la situation familiale et sociale propre de la requérante, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 20 décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Blazy.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024 , à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre , présidente,

Mme Aude Marcovici, conseiller,

M. Matthieu Didierlaurent, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024 .

La rapporteure,

A. D

La présidente,

S. Encontre

La greffière,

C.Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 septembre 2024

La greffière,

C. Arce

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