vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2403513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, et un mémoire enregistré le 10 juillet 2024, Mme D A, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 25 mars 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil dont elle avait bénéficié ;
2°) d'enjoindre à titre principal, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour les demandeurs d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à Maître Bazin la somme de 1 800 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve que Maître Bazin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'elle est seule avec une petite fille de dix mois, qu'elle ne dispose d'aucune ressource pérenne, est logée dans un hébergement d'urgence, peu adaptée à sa situation de famille, qu'elle survit grâce à l'aide alimentaire et est atteinte d'une pathologie grave (hépatite B) ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle est insuffisamment motivée, (n'évoque pas sa situation d'emprise dans un réseau de prostitution qui ne lui a pas permis de justifier de ses ressources, explique qu'elle n'ait pas donné suite à sa demande initiale d'asile, ni sa situation familiale et de santé), qu'elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L.551-15, L. 551-16 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (mêmes arguments - enfant, hépatite, sans ressources sous emprise du réseau lors de la demande initiale, vulnérabilité).
Par un mémoire enregistré le 9 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif qu'elle est tardive, que l'urgence n'est pas établie et que les moyens ne sont pas fondés en droit.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 juin 2024 sous le numéro 2403502 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision du 25 mars 2024.
Vu :
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lafay, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lafay ;
- les observations de Me Bazin, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été différée au 11 juillet 2024 à 12 heures, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 octobre 2016, Mme A, de nationalité nigériane, a présenté, sous l'identité de D Isic, une demande d'asile enregistrée en guichet unique à la préfecture de la Moselle et a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après évaluation de sa situation. Toutefois, l'intéressée ayant cessé de répondre aux demandes d'information de l'Office, il a été mis fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 1er octobre 2017, devenue définitive. Puis, Mme A a cessé de renouveler son attestation de demande d'asile, qui a expiré le 3 novembre 2023. Le 5 février 2024, l'intéressée s'est présentée en guichet unique à la préfecture de l'Hérault sous l'identité de Mme D F A, accompagnée de sa fille, B E, née le 5 septembre 2023 à Paris.
2. Sa demande d'asile a été requalifiée en procédure accélérée compte tenu de la présentation de deux demandes d'asile sous des identités différentes, et de la tardiveté de cette demande. Après une première décision du même jour rejetant sa demande, puis son retrait le 25 mars 2024 sur recours gracieux, l'office, par une décision du 25 mars 2024 notifiée le 9 avril 2024, lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle ne justifiait pas de la raison pour laquelle elle s'était maintenue en situation irrégulière jusqu'au 7 février 2024, date à laquelle elle s'était représentée aux autorités pour solliciter l'asile sous une autre identité. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
4. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin de suspension :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
7. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, Mme A fait valoir que le refus de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont elle avait bénéficié, la maintiendrait dans la situation de précarité dans laquelle elle se trouve. Si la pièce médicale du 28 mars 2024 produite, qui présente un marqueur positif sur la recherche du virus de l'hépatite B, n'établit pas, eu égard aux commentaires associés, que Madame A souffrirait de cette pathologie, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité et de l'attestation du 17 juin 2024 de l'éducatrice spécialisée au sein du dispositif de mise à l'abri hôtelière 115, que Mme A et sa famille, sont logés de façon précaire, dans un espace restreint aux équipement rapportés provisoirement, et ne dispose pas de ressources, en dehors d'un secours d'urgence du département, non pérenne. Ces éléments sont de nature à caractériser le risque invoqué. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un intérêt public quelconque ferait obstacle à la mesure de suspension sollicitée. Par suite, la condition tenant à l'urgence est remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen sérieux :
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile() / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement des conditions matérielles d'accueil accordées, comme en l'espèce, avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
9. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
10. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête, tels que visés et analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, que Mme A n'est pas fondée à solliciter la suspension de l'exécution de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 25 mars 2024.
Sur les frais liés au litige
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bazin.
Fait à Montpellier, le 12 juillet 2024.
Le juge des référésLa greffière,
L.-N. LAFAYM. C
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 juillet 2024
La greffière,
M. C
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026