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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403521

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403521

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE DE SETE

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Montpellier rejette la requête de M. B C, qui contestait un arrêté préfectoral du 20 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français avec une interdiction de retour de trente-six mois. Le tribunal écarte l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation du droit d'être entendu (article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE), et les risques en cas de renvoi en Syrie (article 3 de la CEDH). Il estime que l'arrêté est suffisamment motivé, que la procédure a respecté les droits de la défense, et que le préfet a examiné la situation personnelle du requérant. La solution retenue est le rejet de la requête, sans faire droit aux demandes d'annulation, d'injonction ou de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français en fixant la pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative contre renonciation à la perception de la contribution de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- son droit d'être entendu n'a pas été respecté en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle est insuffisamment motivée et sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- en application de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû être requis ;

- il relevait de l'article L. 425-9 qui prévoit la délivrance de plein droit d'un titre de séjour à l'étranger dont l'état nécessite une prise en charge médicale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et le préfet n'a pas procédé à un examen individuel ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus car son renvoi en Syrie l'expose à des risques de traitements contraires à ces dispositions ;

En ce qui concerne la décision lui interdisant de retourner pendant une durée d'un an sur le territoire français :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; l'inscription dans le système Schengen a pour conséquence l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitut une mesure d'expulsion automatiques dans tout l'espace Schengen, or il vit en Europe depuis 2013 où il est arrivé en tant que mineur isolé.

Par un mémoire enregistré le 23 juillet 2024 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Crampe dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, magistrate désignée a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté :

1. L'arrêté attaqué est signé par M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, conformément à la délégation de signature qui lui a été consentie par le préfet des Bouches-du-Rhône par arrêté du 22 mars 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par suite le moyen, tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de M. C et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet a pris à son endroit une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision est écarté.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1° Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2° Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; - le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; - l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions () ".

4. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de M. C établi le 20 juin 2024 par un officier de police judiciaire, que l'intéressé a bénéficié d'un entretien au cours duquel il a pu présenter des observations sur sa situation personnelle, familiale, professionnelle ainsi que sur les conditions de son entrée et de son séjour en France. L'intéressé a notamment été invité à présenter des observations sur la possibilité que soit prise à son encontre une décision d'éloignement. En tout état de cause, l'intéressé ne fait état d'aucune information complémentaire qu'il aurait à cette occasion fournie et qui aurait pu avoir une influence sur le sens de la décision rendue. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué par M. C, ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait négligé d'examiner avec sérieux la situation de M. C, et le moyen tiré de ce défaut d'examen doit être écarté.

7. M. C, qui n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il fait valoir que son état de santé s'opposait à son éloignement et que le préfet aurait dû saisir le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour avis, aucun élément médical ne permettait d'établir la gravité de son état de santé ou la nécessité du suivi de soins en France.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. En deuxième lieu, la décision fixant le pays à destination duquel M. C pourra être renvoyé en cas d'exécution forcée de la décision d'éloignement désigne le pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou tout pays dans lequel il serait admissible et mentionne qu'il n'établit pas y être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est ainsi suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que pour édicter cette décision le préfet n'aurait pas procédé à un examen individuel de la situation du requérant.

11. En quatrième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions abrogées de l'article L.611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir que l'absence de soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine l'expose à subir des traitements inhumains ou dégradants, contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il résulte des éléments développés au point 11 du présent jugement qu'il n'établit pas la gravité de son état de santé ou la nécessité de suivre des soins en France alors même qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour en sa qualité d'étranger malade. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Eu égard à la durée de la présence alléguée, mais non démontrée en France du requérant depuis 2013 et à l'absence de liens privés ou familiaux sur le territoire, alors qu'il n'a pas exécuté spontanément trois mesures d'éloignement antérieure, la durée fixée à 36 mois n'est pas disproportionnée. Si le requérant se prévaut des conséquences de l'inscription dans le système Schengen, qui accompagne l'édiction d'une telle interdiction de retour, l'autorité administrative peut, à tout moment, et sous le contrôle du juge, abroger l'interdiction de retour lorsque l'étranger justifie résider hors de France, avec pour corollaire la suppression de la mention au fichier d'information Schengen, lui permettant ainsi de retourner dans l'un des Etat membre dudit accord. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. C ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

La magistrate désignée,

S. Crampe

La greffière

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 août 2024.

La greffière,

C. Touzet

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