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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403538

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403538

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024 à 16h07, M. A C, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté en date du 23 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée et, conséquemment, d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas procédé à l'examen des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée de disproportion au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 26 juin 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier-conseiller ;

- les observations de Me Rosé, avocate, représentant M. C, présent à l'audience, assisté de M. F, interprète ; elle conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'il y a méconnaissance des dispositions de l'article L. 613- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet aurait dû vérifier, au préalable, s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;

- les observations de M. C interrogé sur la présence en France de membres de sa famille ;

- le préfet des Pyrénées-Orientales, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales du requérant en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 6 juin 1991, a été interpellé le 23 juin 2024 dans l'enceinte de la gare de Perpignan dans le cadre d'un contrôle d'identité puis placé au centre de rétention de Perpignan le même jour à l'issue de la vérification de son droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du 23 juin 2024 dont il demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2024064-0001 du 4 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 5 mars 2024, produit au dossier, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Mme E D, sous-préfète chargé de mission auprès du préfet, secrétaire générale adjointe de la préfecture des Pyrénées-Orientales, à l'effet de signer, lors des permanences et astreintes qu'elle assure les arrêtés et décisions pris dans le cadre des procédures de refus de séjour, de mesures d'éloignement des étrangers ainsi que les lettres de saisine adressées au juge des libertés et de la détention en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions conventionnelles et législatives dont il a été fait application, expose précisément les motifs, tirés de la situation propre de l'intéressé, pour lesquels le préfet l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français. Par suite, et alors que la décision contestée n'a pas à exposer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués par le requérant, elle est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, en conséquence, être écarté.

5. Il ressort des pièces du dossier et alors que l'arrêté en litige mentionne de manière circonstanciée les éléments propres à la situation de M. C que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et que, contrairement à ce qui est allégué, le préfet a notamment pris en compte le fait qu'il avait formulé une demande d'asile auprès des autorités italiennes, qu'après accord implicite de reprise en charge de ces autorités, il s'est vu notifier un arrêté pris par le préfet des Bouches-du-Rhône le 9 février 2022 portant transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile, qu'après expiration du délai de transfert l'intéressé ne s'est pas manifesté auprès des services administratifs pour requalifier sa demande d'asile en France puis a rappelé les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale tels qu'ils ont été exposés par M. C dans le cadre de son audition et consignés dans le procès-verbal d'audition n°2024/1082 du 23 juin 2024, visé par l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux et, conséquemment, de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

7. M. C ne justifie pas être entré régulièrement en France et n'est pas détenteur d'un titre de séjour. Ainsi, il entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.

8. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ().

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales n'aurait pas examiné le droit au séjour du requérant avant de décider son éloignement du territoire français.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. M. C soutient être entré en France en 2021, animé par des considérations économiques. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse et de ses trois enfants dont le dernier est né à Nice, il ressort de ses propres déclarations que son épouse est venue le rejoindre avec ses deux enfants, récemment en 2022, et qu'elle séjourne irrégulièrement sur le territoire français. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Tunisie, dont tous les membres possèdent la nationalité tunisienne, et où les deux enfants du couple respectivement scolarisés en classe de petite section de maternelle et en cours moyen deuxième année pourront poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, le requérant qui ne justifie d'aucune intégration professionnelle particulière en France n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où résident ses parents ainsi que trois frères et une sœur. Dans ces conditions, nonobstant la présence régulière de son frère en France, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît ainsi pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte des stipulations précitées que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En l'espèce et compte tenu de ce qui vient d'être dit au point précédent, le moyen tiré de ce qu'en édictant la décision d'éloignement en litige le préfet des Pyrénées-Orientales aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

14. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet des Pyrénées-Orientales a fait application, d'une part, des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et, d'autre part, des dispositions précitées des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. M. C a reconnu être entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y maintenir sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Lors de sa garde à vue il a exprimé son refus de se soumettre à une mesure d'éloignement. Il n'a pas exécuté la décision de transfert vers l'Italie diligentée dans le cadre de l'application du règlement dit B qui lui a été notifiée par le préfet des Bouches-du-Rhône le 9 février 2022. M. C ne justifie pas disposer de documents de voyage en cours de validité. Dès lors en faisant application des dispositions des 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 sur lesquelles est fondée la décision en litige, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office ". Selon le premier alinéa de l'article 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral () ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ". Aux termes de l'article L. 612-12 dudit code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

16. Le préfet des Pyrénées-Orientales a fixé comme pays de destination de M. C G, pays dont il a la nationalité, le pays qui lui a délivré un document de voyage, ou le pays dans lequel il est légalement admissible en relevant, préalablement, qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine, ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement réadmissible, que s'il a sollicité l'asile en Italie puis en France, il a quitté son pays d'origine pour des raisons économiques et non en raison des risques encourus, qu'il s'est soustrait à une décision de transfert B et n'a entamé aucune démarche à l'issue de cette procédure pour requalifier sa demande d'asile depuis plus d'un an, alors même qu'il lui appartient d'entamer les démarches relatives à ses demandes au titre du séjour et de l'asile et que ses droits d'asile en rétention lui ont été dûment notifiés. Contrairement à ce qui est soutenu, la décision en litige, prise au visa des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est suffisamment motivée en fait et en droit et procède d'un examen réel et complet de la situation du requérant.

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ". Pour l'application des stipulations précitées, il appartient à l'autorité administrative de s'assurer que la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger ne l'expose pas à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. M. C, originaire de Tunisie, qui déclare être entré en France pour des motifs économiques n'apporte aucun commencement de preuve de nature à caractériser un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Selon le second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

20. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

21. La décision attaquée vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. C est démuni de document de voyage en cours de validité, qu'il ne présente aucun billet de transport justifiant de son retour en Tunisie, à court ou moyen terme, qu'il s'est soustrait à une procédure de transfert B, qu'il se maintient, selon ses déclarations, en situation irrégulière en France et ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement dans l'espace Schengen, sans avoir introduit de démarches suite à l'expiration des délais de transfert B, ménageant ainsi volontairement sa clandestinité au regard du séjour, qu'il ne démontre pas que ses liens personnels et familiaux en France, sont plus anciens, intenses et stables que ceux dont il dispose en Tunisie, son pays d'origine, où résident à minima ses parents, une sœur et trois frères selon ses déclarations et qu'il est défavorablement connu des services de police. Contrairement à ce que soutient M. C, cette décision, suffisamment motivée, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de sa situation, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit donc être écarté.

22. Il ressort des pièces du dossier que la durée de présence en France de M. C, entré irrégulièrement, est de moins de trois ans. Compte tenu de ce qui a été dit au point 11, ce dernier ne justifie pas de liens suffisamment intenses, anciens et stables sur le territoire français et l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure de transfert B qui lui lui a été notifiée le 9 février 2022. Enfin, M. C est défavorablement connu des services de police ayant fait l'objet d'un signalement au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité perpétrés le 25 novembre 2022. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les frais d'instance :

24. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Rosé.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le magistrat désigné,

M. Rousseau

La greffière

C. Touzet La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 27 juin 2024

La greffière,

C. Touzet

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