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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403565

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403565

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. A B, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui accorder le titre de séjour sollicité en qualité d'étudiant, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, subsidiairement, d'enjoindre à cette autorité de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ; dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 48 heures suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Cissé en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère réel et sérieux de ses études et de leur progression ;

- le préfet a commis une erreur de fait en considérant que les modalités d'organisation de sa formation n'impliquaient pas sa présence sur le territoire français ;

- le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions d'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'interdisent pas la délivrance d'un titre de séjour à un étudiant suivant un enseignement à distance ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir général de régularisation afin de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des études qu'il poursuit et de son intégration dans la société française.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tchadien, né le 17 octobre 1992, est entré régulièrement sur le territoire français le 20 octobre 2021, muni d'un visa D portant la mention " étudiant " et a bénéficié, à compter de cette date, d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Le 30 janvier 2024, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. (). ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies, en tenant compte, notamment, de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, après un premier échec au titre de l'année 2021-2022, a obtenu au titre de l'année universitaire 2022-2023, un Master 2 " Chef de projet Qualité Sécurité Environnement en aquaculture " auprès de l'université de Montpellier. Il a présenté ensuite, pour l'année 2023-2024, une inscription auprès de l'organisme de formation à distance STUDI pour la préparation d'une formation de " développeur web full stack " pour laquelle il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Pour refuser ce renouvellement, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur l'absence de progression dans les études suivies, au motif que l'enseignement choisi était d'un niveau inférieur à son Master et, en outre, non cohérent avec son projet professionnel. M. B fait valoir qu'il a souhaité, après des études supérieures en gestion de projet, parfaire son parcours grâce à une formation en informatique. Cependant, en se bornant à évoquer ce souhait, sans plus de précisions, il ne démontre pas la nécessité et la cohérence de suivre un tel enseignement pour compléter son Master 2. Par suite, en estimant que M. B ne justifiait pas d'une progression et d'une cohérence dans ses études, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est inscrit auprès d'un organisme de formation à distance pour la préparation d'une formation de " développeur web full stack ". Si le requérant soutient que cette formation, d'une durée de 380 heures, prévoit des examens en présentiel, il est constant qu'elle ne nécessite pas pour autant son séjour continu en France alors même qu'il doit y passer, occasionnellement, ses examens. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B au motif qu'il était inscrit à une formation à distance, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, la situation de M. B, telle que rappelée ci-dessus ne saurait constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant de renouveler son titre de séjour étudiant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

8. En second lieu, M. B fait valoir qu'il a suivi un parcours universitaire avec sérieux et assiduité, qu'il maîtrise la langue française et est parfaitement intégré dans la société où il a tissé de nombreux liens amicaux depuis 2021, qu'il a enfin toujours travaillé pendant ses études pour subvenir à ses besoins et a obtenu auprès de la Croix-Rouge le certificat de compétences de citoyen de sécurité civile. Toutefois, l'ensemble de ces circonstances ne saurait suffire à établir que le préfet de l'Hérault, en lui opposant une obligation de quitter le territoire français, aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 16 avril 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couegnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024

La Présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

M. C

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2024

La greffière,

A. Junon

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