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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403580

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403580

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARGALL, D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistré le 26 juin et le 16 juillet 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 12 avril 2024 par laquelle le maire de la commune de Lavérune s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée, en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé chemin de Saint Georges au lieudit " Les Serres " ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de Lavérune de prendre une décision provisoire de non-opposition à sa déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de Lavérune, de reprendre l'instruction de sa déclaration préalable et de statuer à nouveau dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Lavérune la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition est remplie, compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et des obligations déterminées par l'autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) pesant sur les opérateurs et leurs cocontractants qui déploient les installations ;

Sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- le maire de Lavérune ne pouvait légalement opposer les dispositions de l'article 2-A du règlement du plan local d'urbanisme de la commune relatives à la restriction de construction en zone A 1 dès lors qu'elles ne sauraient s'appliquer aux antennes relais.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, la commune de Lavérune, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) territoires Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse d'une suspension de l'exécution de la décision contestée, au réexamen du dossier déposé par la pétitionnaire et demande au tribunal de mettre à la charge de la SAS Free Mobile la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est nullement établie ;

- la condition à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté n'est pas davantage remplie ;

- au surplus, dès lors qu'elle aurait dû elle-même ordonner un sursis à statuer en application des articles L. 424-1, L. 153- 11 et L. 153-12 du code de l'urbanisme, sur le dossier de déclaration, au regard de l'avancement du projet de plan local d'urbanisme intercommunal, seule une demande de réexamen peut être prononcée si la suspension de la décision est ordonnée.

Vu :

- la requête, enregistrée le 26 juin 2024, sous le n° 2403253, tendant à l'annulation de l'arrêté contesté ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné Mme Teuly-Desportes, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes, juge des référés,

- les observations de Me Mirabel représentant la SAS Free Mobile ;

- et les observations de Me Teles représentant la commune de Lavérune.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SAS Free Mobile, spécialisée dans le secteur des télécommunications, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 12 avril 2024 par laquelle le maire de Lavérune s'est opposé à la déclaration préalable, qu'elle a déposée le 5 avril 2024, en vue de l'installation d'une antenne de radiotéléphonie mobile sur un terrain situé chemin de Saint Georges au lieudit " Les Serres " ;

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'État quant à cette couverture du territoire par ses réseaux de téléphonie mobile de troisième génération (3G), de quatrième génération (4G) et de cinquième génération (5G), ainsi qu'à la circonstance que la partie du territoire de la commune de Lavérune sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par les réseaux de la société Free Mobile, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit entachant le motif de décision d'opposition fondé sur la méconnaissance du l'article 2-A du règlement du plan local d'urbanisme, qui n'est pas opposable aux antennes-relais, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions sont remplies et qu'il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté contestée interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé. A cet égard, la commune de Lavérune n'est pas fondée à invoquer la circonstance que seule la ré-instruction du dossier pourrait être ordonnée dès lors qu'elle n'établit pas que le sursis à statuer aurait dû être ordonné sur la demande de déclaration préalable de travaux. Par suite, la suspension de l'exécution de la décision en litige implique nécessairement d'enjoindre au maire de Lavérune de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux de la SAS Free Mobile dans le délai d'un mois à compter de la notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'une quelconque astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la SAS Free Mobile, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Lavérune doivent, par suite, être rejetées. En revanche, il y a lieu, sur le même fondement, de mettre à la charge de la commune de Lavérune une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision du 12 avril 2024 s'opposant à la déclaration préalable déposée par la SAS Free Mobile est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Lavérune de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SAS Free Mobile dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Lavérune versera à la SAS Free Mobile une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Lavérune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée Free Mobile et à la commune de Lavérune.

Fait à Montpellier, le 16 juillet 2024.

La juge des référés,

D. Teuly-Desportes La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 juillet 2024.

La greffière,

A. Junon

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