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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403604

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403604

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantAMARI-DE-BEAUFORT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024 sous le numéro 2403585, Mme A C, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à l'État de lui délivrer un titre de séjour, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991 sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'une absence d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la durée de son séjour et de l'intégration dont elle justifie, comme les autres membres du foyer ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 septembre 2024, Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II) Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024 sous le numéro 2403604, M. E D, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à l'État de lui délivrer un titre de séjour, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991 sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'une absence d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la durée de son séjour et de l'intégration dont il justifie, comme les autres membres du foyer ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale, compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 septembre 2024, M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B, rappporteure,

- les observations de Me Amari de Beaufort, représentant Mme C et M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 25 février 1985, et M. E D, ressortissant géorgien né le 15 mars 1975, déclarent être entrés en France, accompagnés de leurs trois enfants, en août 2018 pour solliciter l'asile. Leurs demandes ayant été rejetées, ils ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français par arrêtés du 23 janvier 2020, puis à nouveau le 20 novembre 2021. Le 29 septembre 2023, ils ont sollicité la délivrance de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " en vue de la régularisation de leur situation. Par des arrêtés du 5 mars 2024, le préfet de l'Aude a refusé de leur délivrer les titres sollicités et les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par des requêtes enregistrées respectivement sous les numéros 2403585 et 2403604, Mme C et M. D demandent chacun l'annulation de l'arrêté le concernant.

2. Les requêtes susvisées concernent la situation de membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

3. En rappelant le parcours des intéressés et notamment les refus d'asile et obligations de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet, puis en indiquant qu'ils ne justifient pas de considérations humanitaires ou exceptionnelles, appréciées en prenant en compte l'ancienneté de leur résidence habituelle en France, et que les refus de séjour ne portent pas une atteinte disproportionnée à leurs situations personnelles et familiales, dès lors qu'ils ne sont pas isolés dans leur pays d'origine et qu'il n'existe pas d'impossibilité d'y reconstituer la cellule familiale composée du couple et des trois enfants, le préfet de l'Aude a suffisamment motivé les décisions de refus de séjour contestées. Il ne résulte ni des termes de ces décisions ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de leurs situations respectives. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen sérieux doivent donc être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si Mme C et M. D séjournent en France depuis 2018 et que leurs trois enfants, âgés de 9, 11 et 15 ans à la date des décisions contestées, y sont scolarisés, il ressort des pièces du dossier qu'ils s'y sont maintenus irrégulièrement après le rejet de leurs demandes d'asile et après avoir fait l'objet, à deux reprises, en janvier 2020 puis novembre 2021 d'obligations de quitter le territoire français. Il n'est ni établi ni même allégué qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se recrée dans leur pays d'origine, où il est constant que résident toujours des membres de leurs familles respectives, ainsi qu'à ce que les enfants du couple y poursuivent leur scolarité. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et même si les requérants justifient de la réussite scolaire des enfants et de leur propre implication dans la vie locale et associative, le préfet n'a pas, en refusant de leur délivrer un titre de séjour, porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce rappelées au point précédent, le préfet de l'Aude a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que les requérants ne faisaient pas valoir de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels et refuser de leur délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

7. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. S'il ressort des pièces du dossier que les trois enfants des requérants sont scolarisés depuis leur arrivée en France, leur scolarité pourra se poursuivre dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que les deux époux sont en situation irrégulière et que les décisions contestées n'impliquent aucune séparation avec leurs enfants, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En l'absence d'illégalité des décisions de refus de séjour, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français seraient privées de base légale.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, invoquées à l'appui des conclusions dirigées contre les obligations de quitter le territoire français édictées à l'encontre des requérants doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C et de M. D tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de l'Aude du 5 mars 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C et de M. D sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à M. E D, au préfet de l'Aude et à Me Amari de Beaufort.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

M. B La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2024.

La greffière,

A. Junon

N° 2403585

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