Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 12 juillet 2024, M. B... C..., représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
d’enjoindre au préfet de l’Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 500 euros à verser à Me Ruffel en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en tant, d’une part, que le préfet lui a opposé à tort l’absence de visa de long séjour et, d’autre part, qu’il n’a porté une appréciation ni sur sa qualification ni sur l’ancienneté de son séjour ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation.
Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25 %, par une décision du 28 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d’emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;
- et les observations de Me Ruffel, représentant M. C....
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant marocain né en 1982, déclare être entré en France par l’Espagne le 7 novembre 2019, sous couvert d’un visa Schengen court séjour. Il a présenté, le 5 décembre 2023, une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Par la présente requête, il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. La décision contestée est signée, pour le préfet de l’Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n°2023-10-DRCL du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, produit à l’appui de son mémoire en défense, le préfet de l’Hérault a accordé à M. A... délégation à l’effet de signer « tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l’Etat dans le département de l’Hérault (…) / A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers (…) ». Compte tenu de sa précision, cette délégation n’est pas d’une portée trop générale. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte attaqué doit être écarté.
3. D’une part, aux termes de l’article 9 de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : « Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’accord (…) ». L’article 3 du même accord stipule que : « Les ressortissants marocains désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" (…) ». Aux termes de l’article L. 5221-2 du code du travail : « Pour entrer en France en vue d’y exercer une profession salariée, l’étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2°Un contrat de travail visé par l’autorité administrative ou une autorisation de travail. ».
4. D’autre part, aux termes de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411-1. ».
5. Il résulte des stipulations de l’accord franco-marocain citées au point 3 que celui-ci renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. Les stipulations de l’article 3 de cet accord ne traitent que de la délivrance d’un titre de séjour pour exercer une activité salariée et cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d’entrée sur le territoire français des ressortissants marocains. Le préfet de l’Hérault, qui a également examiné la situation personnelle de l’intéressé, a dès lors pu légalement refuser au requérant la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié au motif qu’il ne justifiait pas d’un visa de long séjour, requis par les dispositions précitées de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit à cet égard doit être écarté.
6. Par ailleurs, dès lors que l’article 3 de l’accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l’article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n’interdisent pas au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation pour un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié.
7. M. C... soutient qu’il est entré en France en 2019 pour s’occuper de son père malade, dont l’état de santé nécessite la présence d’un aidant familial au quotidien pour accomplir les actes de la vie courante, et qu’il bénéficie d’un emploi en qualité de cuisinier, métier figurant sur la liste des métiers en tension. Il ne justifie pour autant d’aucune qualification professionnelle particulière ni d’aucune expérience significative qui pourrait justifier un motif exceptionnel de régularisation. L’aide qu’il soutient apporter à son père malade ne saurait davantage être regardée comme constitutif d’un tel motif, alors qu’il ne produit pas d’élément suffisant permettant d’établir la nécessité de la présence de M. C... aux côtés de son père. Il ressort en outre des pièces du dossier que l’épouse du requérant et leurs deux enfants ainsi que ses cinq sœurs résident au Maroc. Ainsi, il ne peut être regardé comme ayant transféré en France le centre de ses intérêts privé et familiaux. Le moyen tiré de ce que le préfet de l’Hérault aurait commis une erreur de droit en refusant de faire usage de son pouvoir général de régularisation doit, dans ces conditions, être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n’est pas davantage entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l’intéressé.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 20 décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., au préfet de l’Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré à l’issue de l’audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le président-rapporteur,
J. Charvin
La greffière,
A-L Edwige
L’assesseur le plus ancien,
M. D...
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er octobre 2024,
La greffière,
A-L Edwige