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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403700

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403700

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCARRIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 et 17 juillet 2024, M. C... A..., représenté par Me Carrié, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du préfet de l’Hérault du 26 janvier 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet, sous astreinte, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d’un mois ou, à défaut, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer en attendant une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- il n’est pas une menace pour l’ordre public dès lors que les faits sont anciens sans réitération ;
- l’arrêté méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il a repris la vie commune avec son épouse française et qu’il a deux enfants de 2 et 6 ans dont il s’occupe comme le démontrent plusieurs attestations ; il est parfaitement intégré à la société française et il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Par décision du 3 juin 2024 M. B... A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.


A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Lauranson.


Considérant ce qui suit :


1. M. C... A... est entré en France le 6 mai 2021 muni d’un visa long séjour valant titre de séjour mention « vie privée et familiale ». Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire le 21 février 2023 par le Préfet de la Loire suite à sa condamnation pour violences conjugales à l’encontre de son épouse de nationalité française par jugement du
6 septembre 2022 du Tribunal correctionnel de Saint-Etienne. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du préfet de l’Hérault du 26 janvier 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour d’un an.


Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l’Hérault :


2. Lorsqu’un étranger fait l’objet d’un refus de titre de séjour assorti d’une obligation de quitter le territoire français, le délai de recours contentieux de trente jours dont il dispose est interrompu par une demande d’aide juridictionnelle déposée dans ce délai et, en cas d’admission à l’aide juridictionnelle totale, court de nouveau à l’expiration du délai de trente jours suivant la date de la décision du bureau d’aide juridictionnelle ou de la date de la désignation d’un avocat si cette dernière est plus tardive.

3. Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté du préfet de l’Hérault du 26 janvier 2024, qui comporte une indication correcte des voies et délais de recours ouverts à son encontre, a été adressé à M. B... A... par pli recommandé. Ce pli a été retourné au service expéditeur avec les mentions avisé le 1er février 2024 et « pli avisé et non réclamé ». L’arrêté doit ainsi être regardé comme notifié le 1er février 2024. Toutefois, il est constant que, par un courrier transmis le
27 février 2024 au bureau d’aide juridictionnelle, il a sollicité cette aide pour contester cet arrêté. Ce courrier ayant interrompu le délai du recours contentieux. La décision d’aide juridictionnelle est intervenue le 3 juin 2024. Le préfet de l’Hérault n’est ainsi pas fondé à prétendre que le recours du requérant, enregistré le 2 juillet 2024, soit dans le délai de trente jours, serait tardif et par suite irrecevable.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :


4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Il résulte de ces stipulations que si toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, l’ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit est possible si elle est prévue par la loi et constitue une mesure nécessaire à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B... A... est entré en France le 6 mai 2021 muni d’un visa long séjour valant titre de séjour mention « vie privée et familiale ». Il s’est marié au Cameroun avec une ressortissante française le 9 janvier 2021. Il est père de deux enfants de nationalité française, nées le 23 août 2018 et le 6 avril 2022. M. B... A... a été condamné à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence sans incapacité sur son épouse. Celle-ci précise avoir repris la vie commune et certifie qu’il s’occupe bien de leurs enfants et des deux enfants issus d’un premier lit, les accompagnant à l’école ou à la crèche et participe à leur éducation et aux charges de la maison. Elle ajoute qu’il n’a plus jamais levé la main sur elle et se comporte en « bon mari aimant sa femme et sa famille ». Deux attestations de la crèche et de l’école confirment que le requérant accompagne ses filles et est impliqué dans la scolarité de l’aînée. M. B... A... travaillait comme ouvrier dans le secteur de l’automobile à Mulhouse avant de s’installer à Béziers. II a suivi une formation afin de passer son CACES qu’il a obtenu en mars 2024 de sorte qu’il présente de sérieuses garanties d’insertion professionnelle afin d’assurer l’entretien de ses enfants. Il suit de là que
M. B... A... établit avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière stable, intense et durable. Par suite, et quand bien même il a fait l’objet d’une condamnation pour les faits précités commis le 5 avril 2022, en édictant l’arrêté en litige, le préfet de l’Hérault a, dans les circonstances de l’espèce, porté une atteinte disproportionnée au droit dont dispose M. B... A... à mener une vie personnelle et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, et par suite, a méconnu les stipulations précitées.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B... A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté contesté.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :


7. Eu égard au motif d’annulation retenu au point 5 du présent jugement et sous réserve d’un changement, de fait ou de droit, dans la situation de l’intéressé, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B... A... d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a donc lieu, en application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de délivrer ce titre de séjour au requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans astreinte, sous la réserve indiquée ci-dessus. Dans cette attente, il y a lieu, d’enjoindre au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.


Sur les conclusions relatives aux frais d’instance :


8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B... A... et non compris dans les dépens sous réserve de renonciation par son conseil au versement de l’aide juridictionnelle.




D E C I D E :




Article 1er : L’arrêté du préfet de l’Hérault du 26 janvier 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour d’un an est annulé.


Article 2 : Il est enjoint au préfet de l’Hérault de délivrer à M. B... A... une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, ainsi qu’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera au conseil de M. B... A... la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation par ce dernier au versement de l’aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., au préfet de l’Hérault et à Me Carrié.


Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.


Le rapporteur,

M. Lauranson

Le président,

J. Charvin


La greffière,





A.-L. Edwige

La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er octobre 2024,
La greffière,




A.-L. Edwige


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